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AZRO N GAGA
Partie 1- El djamaâ Gassaléne .
Azro n Gaga n'avait pas participé uniquement à fournir les moyens de subsistance pour les gens de son territoires tels le bois, l'huile d'olive....mais il a supporté l'instalation humaine à temps plein et pendant des périodes assez longues. En témoin, des ruines d' habitations parsemées un peu partout sur ses flancs souvent accompagnées de sépultures prouvant l'enracinement de l'homme dans ce rocher légendaire. Ath ighil-ali se renvoient l'origine de leur village à une peuplade venue "du Nord d'azro n gaga". Des récits portés par la tradition orale, évoquent l'existence de trois villages, Souk élvatel faisant face à Ighzar Gouzro, Ikhérvane taâchache surplombant Tiguérth face à Azro et le plus mystérieux de tous est le village de EL Djamaâ Gassaréne au coeur d'Azro.
Ses ruines qui ont résisté aux assauts du temps, au coeur de la forêt d'Azro -où l'ombre des arbres lui ont et lui offrent toujours la protection- l'ont toujours fait sortir du cadre légendaire et l'ont offert au téméraire partit à sa recherche telle une preuve vivante de son existence. Amateur d'histoire , je me rappelle être parti à sa recherche puis l'avoir "exploré" pour ainsi dire. Trés jeunes j'ai entendu Dada Hmacha Wechtotah "Fellas laâfou" s'exprimer à son sujet en ces termes:----"El Djamaâ Gassaréne est aprés le champs des oliviers d'Azro sur le chemin qui méne à Landra, on y voit encore des ruines et des sépultures. Les ancêtres disaient que ses habitants ont subi une invasion de moineaux " Thiziwchiwine". Des essaims de moineaux avaient noirci le ciel pendant des mois et avaient mangé tout ce qui poussait et à la fin , comme il n y avait rien à se mettre dans le bec, ils se sont attaqués aux habitants survivants de la famine engendrée par leur appétit vorace. Une seule jeune fille , une seule de tous les villageois d'Eldjamaâ Gassaréne avait survécu parce qu' elle a demandé la protection à Azro Ngaga " Thedhléve Laânaya Guezro". Partie invoquer sa protection au rocher de Azro Amechtoh dit "Azazgor" , la voix d'Azro lui a demandé de se rendre à Thikantarth où Azro a ouvert ses grottes pour recevoir sa protégée. Elle a survécu avec une chévre et une jument " Thaghat et Thagmarth".---
Un autre récit entendu ajoute à ce malheureux trio , un corbeau. Je ne sais qu'est ce qu'un corbeau vient faire dans l'histoire mais une légende ne se livre jamais complétement et garde toujours une part de son mystère .
Ceci dit, les grottes de "thikéntarth" existent bel et bien au pied du mamelon Est de Azro Amechtoh.
---"Le village était ravagé. La jeune fille était la seule survivante avec ses bêtes.---- Mais la légende -heureusement- ne s'est pas arrêtée là, elle lui a même donnée un nom. ----" La jeune fille était d'une beauté à couper le souffle et se nommait "LANDRA". Aprés les faits, envahie de chagrin, et refusant de quitter Azro qui lui a donné l'aânaya , elle s'est installée un peu plus loin sur son flanc Est de l'autre côté de "Thala Ouîdha".--- Il est vrai que de nos jours cet endroit décrit porte toujours un nom mystérieux connu de tous : " LANDRA".
-----"Elle avait bien raison de ne pas avoir quitté Azro N Gaga qui a continué à lui offrir non seulement sa protection mais aussi les moyens de subsistance. Azro a fait prospérer dans ses terres les oliviers, les figuiers et les vignes ...De ses cornes de roche "Ich Guezro", il lui a offert les pierres pour reconstruire une belle maison. Sa chévre lui donnait du lait et sa jument en faisait une jolie monture. Les hommes , charmés de sa beauté lui venaient de tous les coins du monde pour demander sa main. S'accrochant à son Azro, elle refusa toutes les avances. L'Esprit d'Azro voyant sa fidélité remarquable, s'est transformé en un homme au nom de GAGA et s'est présenté à elle en cavalier sur un beau cheval. Landra , a reconnu en cet homme son protecteur. Ils se sont mariés et fondérent un village. Azro est devenu Azro n Gaga et son flanc Est a gardé le nom de sa dulcinée "Landra". ------
Lequel des villages était fondé?!
Ici d'autres récits viennent se griffer pour ajouter au mystère d'autres mystères!
Une légende dit que le village dont il est question est ZINA. Ce village perché de nos jours sur
" Adrar Oughanim" en faisant face au flanc Sud d'azro n Gaga. Etant de nos jours le village le plus proche d'Azro, un simple ravin les sépare, c'est tout naturellement qu'il ait pris sa place dans la légende.
La deuxième dit que c'est le village de " ATH SRADJ". Rappellons que la fille a survecu avec une jument qui , d'aprés la même légende, avait formé un couple avec le cheval de GAGA. Ils ont donné naissance à tous les chevaux de ATH SRADJ qui, jadis, étaient des cavaliers fort reconnus,
" IMNAYEN" d'où le nom de leur village; littérallement "les fils des selliers harnacheurs".
La troisième légende dit que le village en question était Souk Elvatel, sur la route de Thizi n Taka, faisant face à Ighzar Guezro. Ce village on le trouve dans un récit oral raconté par nos grands-parents et qui dit:" A l'arrivée de notre Père Sidhi âdhrahmane dans la région; il trouva un village au nom de Souk Elvatel. Il trouva que les habitants étaient dans une misère noire alors que ni secheresse , ni maladie ne sévissaient à cette époque! Il demanda les raisons de leur dénuement. Rapidement, il était informé que c'était à cause de la piraterie; les ath mlikechs effectuaient des razzias et leur volaient régulièrement leurs bétails, et leurs vivres. Ne pouvant reconstituer leurs réserves ; la misères les enveloppa. Sidi âdhrahmane les a alors encourager à se battre pour protéger leurs biens et leurs vivres. Ainsi , Ath mlikech furent repoussés et ne revinrent plus. Le village fut, depuis, déplacé et intégré dans le futur village de Thighra nath âbbes à Thakorabt. Pour ma part, je garde cette troisième version qui me relie directement et avec plaisir à Azro N Gaga . Pour vous c'est comme vous voulez !! Maintenant; les récits malgré leurs variantes sont charmants comme tout et on les déguste avec plaisir.
Je suis intrigué par l'invasion des moineaux! La prolifération des oiseaux au point qu'ils deviennent nuisibles est connue. Mais j'apporte un peu de vécu. De passage , il y a quelques années, par le bas de El Djamaâ Gassaréne , j'étais surpris par une envolée d'oiseaux et à ma grande surprise c'étaient des moineaux sauvages vivants, contrairement à leurs habitudes, loin des habitations. Je n'ai jamais eu l'occasion de voir pareil ailleurs. Etaient-ils les descendants de ces moineaux ayant causé la ruine de El Djammaâ Gassaréne ?! peut être.
Par la suite; je vais vous parler de l'existence matérielle du village de El Djamaâ Gassaréne car si la légende cultive le mythe, les ruines sont bel et bien là.
D'abord, le nom . Deux noms circulent . Le premier est celui évoqué ; El Djamaâ Gassaréne. Assaréne en berbère signifie entre autre les troncs droits ou poutres. On est donc dans le village de la Mosquée Des Troncs Droits ou des Poutres. Et de nos jours, ce qui frappe à l'arrivée à El Djamaâ Gassaréne est la présence de pins trés élancés et droits et on les surnomme "Imrawdhéne" de part leur droiture. Ce sont là, les plus beaux spécimens d'Azro. Les chasseurs de "LEMBETH" les adorent car les grives affectionnent leurs hauteurs pour se mettre à l'abri . Enfin croient -elles?!! Peut être que la nature du sol a aidé ces beaux pins à se reproduire ainsi depuis des générations pour donner par la suite le nom de "la mosquée des troncs".
Le deuxième nom est EL Djamaâ Gassaléne. On remarque que le "R" fait place à "L" mais non sans signification. D'ailleurs avec plus de mystère. Assaléne en berbère sont les nouvelles mais aussi les connaissances et le savoir. L'association du mot avec El Djamaâ, qui n'a pas qu'une fonction cultuelle mais aussi d'enseignement et de partage des connaissances, donne à l'appellation El Djamaâ Gassaléne une place méritée. A ce titre, l'emplacement même de El djamaâ Gassaléne sur une route mythique, commerciale, trés fréquentée à l'époque, a favorisé les haltes et les échanges de nouvelles dans ce village. La route en question est "la route du sel", " Avridh Iméllahéne". Une vraie route muletière reliant et accordant les villages au grés de ses ramifications et tirant son nom d'une denrée rare et trés prisée à l'époque et dont les Ath âbbas étaient fiers d'en posséder ; le Sel " Thasént ". Le village de Vel-âgal avait bâti sa richesse de l'extraction aprés séchage du sel d'une source d'eau salée. Le sel était tellement rare que ce village avait l'interdiction d'en vendre en dehors des villages d' ath âbbas. Avridh Imellahéne était alors surveillé en permanence par une sorte de police de la route contre la piraterie.
Voilà, de quoi sont tirés les deux noms. Ainsi le village est El Djamaâ Gassaréne pour les uns et El Djamaâ Gassaléne pour les autres.
En suite, si on s'atadre sur la première composition du nom-El Djamaâ- on est donc dans une période islamique et on peut renvoyer l'existence de ce village à l'aprés arrivée de l'islam dans la région. Probablement aprés le 7 ème siécle. Mais est-il construit sur les ruines d'un ancien village préislamique? Car l'existence de tombes non orientées vers la Mecque sur d'autres coins d'Azro N Gaga renvoie l'occupation de ce dernier à une période encore plus profonde dans l'histoire.
Dans tous les cas, le versant Sud de la vallée de la sommame était occupé par les Massyles. Nous trouvons-nous dans un ancien village massyle ayant connu une succession d'occupations? Qui sait?
Localisons notre village El Djamaâ Gassaréne et ensemble plantons le décor.
Nous nous trouvons à Amdoune Gakhlifa , au pied des deux mamelons de Azro Amechtoh. Nous remontons avridh Imelahéne droit devant nous et nous entamons la montée entre les deux mamelons. Une sorte de carrefour se présente à nous sur quelques 300 métres. A droite on se rend vers Thiguerth et à gauche vers Landra. Nous prenons à gauche et nous longeons les champs d'oliviers des Ath Chtotah. En bas nous apercevons les champs de Thikentarth. Par dessus ceux d'Azro Ozaâkane. Le nom vient de la famille "Izaâkanéne" du village de Zina. Mon arrière grand-père les avait achetés vers 1915. Le sentier serpente entre les pins et les amendiers sauvages. Sur un demi kilométre, il se redresse et longe un plat dit: Lodha Gazro. Nous commençons à croiser des beaux pins droits qui annoncent El Djamaâ Gassaréne. Nous avançons et nous laissons les champs d'oliviers derrière nous pour marcher dans la forêt. Nous voilà, sur des ruines. Nous y sommes. Des pierres en granite bleu et gris jonchent le sol. Elles étaient extraites sur place car tout le sol d'Azro Ouzaâkane est jonché des mêmes pierres. Nous remarquons l'intervention de l'homme sur certaines taillées , d'autres sont au naturel. Un tas de pierres attire l'attention plus que les autres. Nous nous approchons et nous constatons la présence d'un édifice. Il est kabyle; de la pierre, que de la pierre et rien que la pierre. "Le kabyle construit pour l'éternité" disaient les colons français.
A l'examen, il s'agit d'un édifice simple, carré , d'une superficie de quelques mètres. Ses murs sont encore élevés d'un peu plus d'un métre. S'agit-il de Eldjamaâ qui a donné son nom au village. Moi, j'ai un doute; je vois là l'oeuvre d'un berger qui a fait un abri pour ses bêtes en usant de récupération. Mais tout au tour, il y a des pierres , témoin, à ce lieu même, d'un édifice plus important , aujourd'hui disparu. D'autres tas de pierres, parsemés par-ci et par-là, annoncent d'autres ouvrages. Des maisons sûrement mais peut être des clôtures de jardin ou des murs de souténement et de protection.
Nous nous promenons un peu dans les lieux. Nous nous apercevons que nous avons du mal à définir les frontières de ce village. A peine que nous nous arrêtons sur un tas de pierres qu'un autre apparait devant nous. C'est ainsi que nous étirons la marche sur une grande surface.
De cette surface, deux parties se dessinent. Une est dans la partie boisée et l'autre s'étend dans la partie à découvert. Car le déclenchement d'un feu vers le début des années quatre vingt sur cette partie d'Azro a mis à nu une partie du sol . Heureusement ce jour là, le ciel était chargé et une pluie torrentielle s' était abattue sur la région. Il n y avait à déplorer qu'un hectare de forêt parti en fumée. Une guéguerre s'en est suivie aprés le relevé de quelques témoignages entre Takorabt et Ath Sradj. Takorabt soucieuse de la protection de son Azro a accusé un type d'Ath Sradj. Mais la hache de guerre était rapidement enterrée eu égard du modeste dégât et surtout de l'idée qu' Azro est protégé par son esprit et son malheur se vengera lui même . ce que nos vielles appellent toujours "daâwessou Gouzro"; un vocable qui en dit long sur les rapports de nos ancêtres à la montagne et la nature d'une façon générale!
Nous parcourons cette partie quelque peu dénudée. Les grands arbres ne sont plus là mais une nuée d'arbustes prometteurs se disputent le sol et poussent à foison partout . Génial.
Le paysage est trés beau. Le village est sur un plat prolongé d'une pente vers le bas qui chapote un ravin, Ighzar Thala Ouîdha. Loin d'être complétement sur la sime d'une colline comme presque tous les villages kabyles, son emplacement reste stratégique. Il m'en rappelle un , Takorabt.
De l'emplacement présumé de El Djemaâ , nous pouvons voir les champs de Landra derrière Azro et au même temps toute Thassifth Nath Sradj et en absence d'arbres jusqu'à Amdoune Gakhlifa d'où nous sommes partis. Par dessus , il y a le fameux Ich Gazro Amechtoh qui se dresse comme un protecteur. Nous voyons le mur de "AZAZGOR" installé en haut à la verticale sur Ich Gouzro Amokrane. Un chef d'oeuvre de la nature qui a érigé un mur de roches qui impressionne les visiteurs et que les anciens ont surnommé "AZAZGOR". La signification me reste encore inconnue. Mais d'après les récits de nos grand-mères , le lieu se prête aux invocations divines voire même à la sorcellerie !! J y reviendrai à l'occasion.
Ah! Je ne vous l'ai pas dit. Où nous jetons un regard, nous voyons des tombes. Il y en a partout. Leur nombre est impressionnant . On dirait que nous sommes dans une nécropole. Il y en a à mes pieds , en face, derrière, devant, groupées par dizaine ou isolées, accrochées sur les pentes ou en dessous des tas de pierres. Nous pouvons déduire les âges en fonction de leurs tailles, alors il y en a de tous les âges! Peut être la pluralité des sépultures avait inspiré la légende de la catastrophe subie!? Ou tous ses morts avaient-ils subi une vraie catastrophe!? Qui sait?
Continuons. Certaines tombes sont happées par l'érosion et laissent entrevoir des ossements. Il y en a beaucoup. Nous examinons certains. Ils sont bien conservés et nous nous rendons compte, de suite, que la qualité de la terre y est pour beaucoup. La terre "Dhoumlil" , alors la conservation est trés bonne. Dans les endroits exposés aux éléments naturels, une pierre ou deux encrées dans la terre témoignent d'une ancienne sépulture disparue. Ah! Ici, un pin "Thaydha" a poussé à l'endroit même de la tombe! Celui qui dore ici devait être d'une bonté remarquable. C'était comme ça qu'ils disaient nos ancêtres. La vie "Thoudharth" pleure la disparition d'un homme sage "Amdhan Azédiyane" et la nature fait pousser de son nombril " Thimit" , un arbre pour le faire renaître et garder un souvenir de son passage bienfaisant.
"Awér yekar oussouki fouzekakh", " Que l'herbe ne poussera pas sur ta tombe" , était et l'est toujours un mauvais souhait chez les Kabyles.
Nous sommes vraiment au coeur du passé. Bizarrement, nous n'éprouvons aucune peur. L'endroit respire l'histoire et au même temps la paix. Nous sommes animés d'un désir d'explorer l'endroit et de trouver des réponses à des questions qui nous traversent l'esprit. La concentration et la contemplation des lieux, nous fait plonger dans le passé et nous nous sentons au réveil lorsque nous relevons la tête.
Maintenant, nous avons la preuve de l'existence de l'endroit que nous cherchons mais nous n'avons qu'une nécrople avérée. L'endroit était-il que celà, un lieu d'inhumation autrement dit un cimetière? Pour l'instant il nous a parlé que de la mort ou presque.
Cherchons. Nous descendons et remontons. Voilà ce que nous cherchons qui se dessine dans le sol ! De vraies traces et indices de maisons sans le spectacle des tombes. Enfin la vie!
La végétation nous empéchent d'y voir clair. Mais , nous nous faufilons entre les arbres et les broussailles pour en dénombrer un grand nombre. Puis une belle surprise! Au pied d'un affleurement rocheux, sur un sol nu qui soffre au soleil tous les mois de l'année, nous remarquons des formes plattes évoquant la poterie. Nous l'examinons non sans émotions, comme une trouvaille magique et nous constatons qu'il s'agit bel et bien d'un objet domestique car nous le reconnaissons pour l'avoir déja vu; des débris de "Voufrah". Cet ustensile de femme qui sert à la cuisson de "Thiwachkanine Gueghrom". Les galettes de pain. Nous palpons les débris , ils sont toujours durs comme au premier jour. Ils doivent l'être pour avoir traversé des siécles en s'exposant en permanence aux affres du temps. Nous reconnaissons la terre de "Oumlil" mélangée à de ces grains qui brillent que nous identifions comme étant du Quartz " Thafza". Thafza servait comme moyen d'allumage du feu mais aussi, était mélangée dans la poterie qui allait être exposée aux flammes car celà lui offrait une resistance. Mais il n y a pas que du quartz. Il y a aussi des grains de AZRAR , cette terre sablonneuse que l'on connaît. J'ignore ce procédé et la fonction recherchée. Peut être " AZRAR", accomplit-il la même fonction que le Quartz? Mais en tous cas , nos débris , pour une trouvaille , ils en sont vraiment une.
Poussons l'analyse tels des archéologues. Disons que les éléments constituant nos débris, Oumlil, Thafza et Azrar se trouvent tous sur place. Il ne s'agit pas de matériaux importés. L' emplacement des débris au pied d'un rocher, refute tout abandon d'une époque postérieure aux ruines. Ils sont dans un endroit presque inaccessible. A la lisière du ravin de Thala Ouîdha. Exposé aux intempéries, le sol s'est dénudé peu à peu pour nous offrir ces vestiges du passé.
Et notre objet "Voufrah" renvoie au pain "Aghrom" qui nous conduit au blé "Irdhén" et celui-ci, tout droit vers l'agriculture pour finir dans la sédentarité et la formation du village El Djamaâ Gassaréne.
Aprés, nous offrons encore un moment de comtemplation de ces débris dont nous voyons l'empreinte de la femme qui a modelé son ustensile et nous évadons dans l'imagination. Oui , c'était une femme , car les ustensiles étaient son affaire. Elle était là , à un moment dans l'histoire. Nous la voyons glaner ses matériaux par-ci par-là sur ces collines et ces pentes pour les rassembler autour d'elle et entamer son oeuvre. Elle tasse, concasse, tamise, mélange, modéle... et découvre de ses yeux son produit qui prend forme petit à petit. Sûrement, non sans peine. Nous sentons nos mains porter sa sueur déposée dans ces vestiges. Puis " Vouvrah" a fini de naître sous ses yeux. Etait -elle contente de son produit fini? Avait-elle eu peur qu'il se fissure à la première cuisson? ...Ce que nous avons dans les mains ne sont pas que des débris, mais un produit d'une femme encore chargé de ses émotions et qui nous communique des sentiments ancestraux.
La voilà, donc, heureuse .Elle a réussi son travail et son "Voufrah" peut accueillir "Thawachkante". Son odeur envaillit sa maison et attire ses enfants qui s'adossent à elle guettant la couleur dorée signe que "Thawachkante " est cuite. Ces derniers, les mains chauffées par les morceaux de galettes qu'ils croquent de temps à autre , sortent et s'assoient sur "Amnar" de la porte de la maison. Ils parlent , s'amusent avec les mêmes mots de notre enfance . Les regards de leurs yeux se posent sur les mêmes collines et montagnes de nos jours.
Sacrée histoire qu'ils nous ont raconté ces débris de Voufrah, témoins de la pratique de l'agriculture. Rien d 'étonnant. Depuis les temps reculés , les berbères étaient les maîtres du blé. Ils ont imposé le premier embargo alimentaire en affamant "Rome". Les Etymologistes renvoient ,même, le terme agriculture à une origine berbère. L'association "Iguer" -le blé- et "Akal" -la terre- *Iguerakal* ont donné le terme agriculture en latin.- Le blé et la terre-.
Et puis la terre d' Azro et ses environs, même si de nos jours ne donne que de l'huile d'olive, jusqu'à une époque récente, elle fournissait quantités d'aliments:
Du blé; la dernière récolte de blé datait des années soixante et dix à Azro Ozaâkane. Mon père raconte que le blé dépassait sa taille et se plaisait fort bien dans ces terres.
Les figues; quelques figuiers subsistent encore comme témoins de leur prospérité de l'époque. Des figuiers attaignaient la taille des caroubiers et tout le bétail, moutons et vaches compris, faisait la sieste sous un seul arbre. Thazarth Gouzro était un fruit sec répandu au village et même vendu dans les marchés de Bordj Bouâreridj et d'ailleurs..
Les vignes; les clôtures n'étaient que de vignes. Dada Hmacha Wechtotah racontait qu'il avait fait un jardin avec un ami de Zina de la famille Metchiki dans le ravin de Thala Ouîdha. En bas de El Djamaâ Gassaréne. L'eau y était apportée de cette fontaine. Sa clôture était chargée de grappes de raisin" Igouza net zorine". Il a fait poussé un beau potager de tous les légumes connus, dans les années 40 et 50.
Et le même informateur de poursuivre, " le mois de séptembre nous tapissons les champs d'azro de Thilaguith . Nous recouvrons ainsi des centaines de métres carrés. Nous récoltons les raisins et nous plongeons les grappes dans un bouillon d'eau chaude et de " AMADHAR" . Nous les étalons sur thilaguith pour le séchage. Amadhar joue un rôle de conservateur et repousseur des insectes surtout les guêpes " Arzézzéne". Juste avant le labourage, nous glanons les raisins secs et nous remplissons des sacs en cuir " Aylouthéne". Ainsi nous faisons des bustes de raisins secs qui se conservent des années durant. Le surplus des récoltes, nous le chargeons sur les mulets et nous le conduisons au marché. De forte réputation , les raisins secs d'Azro se vendent avant d'être posées au sol".
Il est donc sûr que les habitants de El Damaâ Gassaréne étaient des bons agriculteurs prospérant sur une terre si nourricière. En témoin, des alignements rocheux qui semble délimiter des parcelles de terre formant des jardins. Thimizér du singulier thamazirth. Que devaient-ils cultuver? La pomme de terre des Incas , je ne crois pas. Mais Thaga c'est sûr. Elle est la plante endémique de nos terres. Elle pousse toujours à l'état sauvage à Azro et d'un goût formidable. Réunie avec Elvesvas N Lakhla dans Tchiwtchiw , je ne vous laisse rien les amis!
Nous continuons notre quête d'objets émotifs. De passage devant une "Thaydha" , nous remarquons des tessons de poterie rouge. Une dizaine de petits morceaux de quelques centimètres carrés chacun groupés dans un petit coin. Nous nous penchons et nous relevons qu'ils viennent tous d'un même objet. Tel un puzzle , nous tentons la reconstruction. La base est là pour nous évoquer une cruche puis le ventre se forme mais sans goulot et sans poignée. N'empéche , l'émotion est toujours là, surtout à la vue des motifs. Des rayures en lignes couplées se croisent pour former des petits losanges. Nous reconnaissons ici, l'abstraction de l'art Kabyle.
Nous sommes devant un ustensile mais aussi un objet d'art. Ce qui est trés interessant. Puis nous nous interessons à la matière elle même. La poterie ici différe de celle de notre "Voufrah". Elle est plus haute en couleur et en matière. La couleur d'un rouge vif et la matière est trés raffinée. Trés peu d'impurtés. Le procédé est connu. Jadis , à Takorabt, les femmes faisaient leurs ustensiles elles même. Pour les produits qu'elles voulaient plus raffinés, elles se donnaient la peine de faire un mélange argileux très liquide et le versaient dans un grand récipient. Remué, les restes vigitaux, emprisonnés dans la terre se dégageaient et remontaient à la surface. Débarrassé de ces impurtés, le récipient était exposé au soleil pour séchage. Entre temps, la terre se reposait. Les gros particules se déposaient au fond. Une belle couche d'argile pur se formait par dessus. Les femmes la récupéraient et en faisaient de trés beaux objets du quotidien avec une simple cuisson au feu de bois.
Une cruche et .....de l'eau. Nous voilà donc devant l'élément clé de la sédentarité. Un village naît de sa fontaine dit le proverbe kabyle. " Thadarth thloule G thala". Eldjamaâ Gassaléne ne devait donc pas déroger à la régle.
Il avait de l'eau et était bâti au carrefour de plusieurs sources d'eau vivantes jusqu'à nos jours. La fontaine qui lui est rattachée est Thala Ouîdha dans le ravin qu'il surplombe. De nos jours, elle n'offre qu'un faible débit et se tarrit l'été. Il se disait jadis qu'elle était intarrissable quand les précipitations étaient plus importantes. Elle devait répondre aux petits besoins du quotidien tant elle était proche et facile d'accés. Ensuite, l'autre fontaine proche est "thala goufrokh" , la fontaine de l'Oiseau dans le ravin de thikantarth. Elle est proche du village, juste au pied du mamelon d'azro amechtoh où il était bâti. Intarrissable jusqu'à nos jours. Puis d'autres sources ,aux distances plus au moins longues, sont parsemées au tour du village. Mais celle qui offrirait un grand interêt du fait de sa capacité à répondre au besoin d'un grand troupeau de bétail est "Thalla Oudarradji" dans thasifth nath sradj. A peine à deux kilometres du village , d'un trés fort débit au point de former un ruisseau permanent, même l'été, elle devait jouer un rôle trés important dans la vie du village.
Selon ces analyses , El Djamaâ Gassaréne devait échapper à la soif.
Voilà donc où nous sommes arrivés depuis que nous nous sommes présentés à ces ruines. Nous les quittons avec la promesse de revenir les visiter et pourquoi pas percer l'une de ses innombrables énigmes qui nous tarodent encore l'esprit, telle sa fin car "thiziwchiwine" ne parlent pas la langue de l'homme pour réponde des chefs d'accusations!!
Mais finissons notre exposé sur un dernier mythe comme une cerise sur un gateau!
Avez-vous déja entendu parler de "ANZA n ' El Djamaâ Gassaréne"?! Tous les amateurs d'Azro, "les wezrawistes" de chez nous, connaissent ce phénoméne. Anza en berbère est l'écho mais il prend un sens plus mystérieux quand il est renvoyé d'un cimetière, une maison inhabitée ou venant des ruines. L'écho des tombes,"Anza Izekwane" est le son qui est, dit-on, parfois perseptible au passage à côté d'un cimetière. Bien que ténébreux, la légende kabyle lui donne un caractère rassurant et protecteur, et détermine le cimetière comme un lieu sûr pour passer la nuit car nul danger n'osera s'en prendre à vous!
Mais, moi, je ne connais pas une personne qui oserait roupiller sur une tombe et prendre "Thimdhelt" comme oreiller!
Ceci dit , El Djamaâ Gassaréne est réputé pour avoir son "Anza". Il se manifeste dans les profondeurs de la nuit , quand les villages des alentours se taisent et un calme plat, bercé par une petite brise, régne en maître. Là et à ce moment là, les voix d'Anza n 'EL Djamaâ Gassaréne se réveillent .Telles des esprits volants, elles viennent lécher les oreilles des campeurs. C'est ainsi, que vous entendez des voix inspirant la peur, telles celles .......d'un bébé qui pleure , une femme plaintive gémissant de douleurs ou des hommes récitant des versets coraniques à la manière des chants funéraires. La peur s'installe en vous et vous maudissez le moment où vous avez eu envie de passer la nuit dans ce funeste monde. Emmitouflés dans votre couverture, vous vous collez au dos de votre accompagnateur comme au mur des lamentations. Vous guettez la première lueur du jour comme l'arrivée de la délivrance. Ainsi va de la première nuit à Azro N Gaga.
Parfois, le son perçu, fait entendre des enfants qui jouent et qui s'amusent ou le chant d'une femme d'une voix suaves et tendre à bercer votre sommeil comme les sirènes des îles grecques. Dés fois, le son semble être celui joué d'une flûte et on ne sait par qui! La curiosité vous pousse à sortir dehors.Vous tendez l'oreille et effectivement ,ANZA, parait venir droit de El Djamaâ Gassaréne. Vous vous dites que vous êtes en train d'entendre les voix des anciens habitants du village! " maâmor" diront les superstitieux!! Mais la raison vous rattrappe. Alors vous ne comprenez rien en ce qui se passe. Votre accompagnateur non plus. Lui, il en a l'habitude. Il dort sur ses deux oreilles, "attés éfkagh lahna"" vous dira si vous le dérangez.!.
Lorsque "ANZA" vient du Nord , des collines de Thissoukiyine, Les wezrawistes pour se payer la tête d'un campeur novice , lui disent " Thekath étalva g thamâmarth nél hadj Mohand" , "La théologie bat son plein dans l'école coranique de el Hadj Mohand". Les ruines de ce lieu sont encore visibles sur Thzintaka Nath Méziyane. El Hadj Mohand y était à l'époque marabout . Alors le pauvre novice est gagné par une de ces peurs bleues déclenchant les rires des mauvais farceurs que sont ces wezrawistes.
Parfois, les ondes qui ont voyagé pendant des kilométres à vol d'oiseau vous paraissent venir à côté de vous. Il m'est arrivé de me réveiller en plein sommeil et de me jeter sur ma hache "Thagalzimt", à moitié endormi, pensant que le chacal qui hurlait au loin était à mes pieds!
Alors pour avoir entendu ce "Anza" , je confirme son existence. Mais tout de même, il a une explication rationnelle. La nuit, le calme s'installe et favorise la perception et la propagation des sons. Les quelques ondes de son venant des village perchés dans les alentours voyagent dans les airs , se heurtent aux crêtes et aux collines . Captées par les profondeurs des ravins qui, tels des caisses de résonances, les restituent et les renvoient à travers les pentes escarpées et les reliefs. Le son se retrouve ainsi modelé , déformé, malaxé.... Les oreilles lui donnent alors des interprétations diverses et variées. Ainsi le brâillement d'un âne à Ath Sradj à trois heures du matin, vous arrive comme les gémissements plaintifs d'une femme torturée!!
Voilà, le phénomène acoustique interprété par une vision rationnelle. Mais fort heureusement le charme de"Anza" et ses mystéres survivent toujours malgré la science.
Je vais vous parler aussi d'une nuit musicale à Azro N gaga dont le son n'était venu ni de nos flûtes ni de nos guitares, ni de "Anza" ni de El hadj mohand le marabout.
Le mois d'octobre 1997, à 02h00 du matin, dans une nuit fortement éclairée par "Thiziri" , j'ai entendu avec mes amis le chant des oiseaux . Intrigués nous avons mis le nez dehors et avons tendu l'oreille. C'étaient vraiment des oiseaux , non loin de nous. Des rossignols, " Igdha nétziri" montant dans le ciel et chantant à tue tête pendant longtemps, nous offrant ainsi le plus beau spéctacle de la nature d'Azro n Gaga.
C'est ainsi que je clôture avec vous ce petit "reportage" sur la mystérieuse cité des ruines " El Djamaâ Gassaréne". Bien entendu des choses restent à découvrir et par l'occasion vous êtes invitez à ajouter des informations, des récits ou des événements sur ce village mythique.