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Aujourd'hui, ensemble, nous tentons de percer le mythe des Rochers qui lui couronnent la tête et que nos ancêtres appellent " Achiwéne" ,les cornes .
Alors il y a de ces rochers que l'on traite avec beaucoup plus d'égard et de sérieux. A Azro N Gaga des grands rochers lui coiffent la tête. Leur architecture édentée et merveilleusement posée comme des diadèmes ont inspiré à nos ancêtres une appellation; les cornes. Comme les cornes d'un boeuf, Azro les porte verticalement et semble se tenir dans un équilibre précaire qui donne le vertige lors de leur ascension. Une partie, la plus majestueuse de ces rochers, celle qui se dresse sur AZRO Amokrane est dotée d'un surnom "AZAZGOR" . Le sens de cette appellation s'est perdu mais la magie qu'il opère et la crainte qu'il inspire sont toujours présentes chez nos vieux. Il se dit qu'AZAZGOR est hanté par nos fameux Iâssasséne. Il est qualifié d'endroit se prêtant aux prières et aux invocations divines comme un lieu de culte "lémqame". Ma grand-mère m'avait raconté qu'un jour des jeunes hommes avaient proféré des propos blasphématoires en ce lieu. Ils se sont vus chassés par des pierres qui se détachaient des paroies rocheuses. A reprendre ses termes, les rochers les ont poursuivis en se roulant par terre durant une bonne distance jusqu'aux ruines de thiâchache. " Dhéfrén étnid yédhghaghéne almi dhikhravane taâchache". Les ruines de thiâchache étant les traces d'un ancien village disparu au sommet de thiâchanche; à l'entrée de Thigarth. Dire qu'on ne rigole pas avec "Azazgor". Elle a fini par me dire que ces jeunes hommes avaient perdu la raison depuis! émkhalléne!!!
La même narratrice, m'avait raconté qu'une vielle sorcière, "thaguézant", avait voulu profiter de la sacralité des lieux pour faire aboutir sa magie maléfique. Elle s'est hissée sur "Azazgor" dans une nuit de pleine lune avec une "tharvouyth". Elle a entamé ses chants funestes pour faire tomber la lune dans "tharvouyth". " Adsaghli Agour ar tharvouyth". Il se dit de cette pratique que la sorcière arrive à faire changer de couleur à la lune. Devenant rougeâtre, la sorcière la fait tomber dans sa tharvouyth. Ainsi "Thagazanth" se voit investit des pouvoirs de la Déesse de la nuit "Thalésth" et prend pour un moment - selon la mythologie berbère- le commandement de l'univers et réalise tout ce qu'elle souhaite en faisant pénétrer et évoluer les personnes ciblées dans le monde du mal. Mais voilà, selon ma grand-mère, que la volonté de iâssasséne de "AZAZGOR" était autre que celle de la sorcière qui s'est vue éblouir les yeux par la lumière de la lune " thafath nétziri", la sœur jumelle de la Déesse Thalésth; Thiziri. Voilà que notre Déesse Thiziri a rendu aveugle de ses éclats de lumière la méchante sorcière. Incapable de distinguer le chemin du retour, elle s'est mise en marche vers LANDRA où elle s'est égarée. Déambulant à tâtons, la sorcière a fini de tomber pour perdre la vie dans le ravin qui porte toujours son nom "Ighzar éntsariél" derrière Azro N Gaga dont l'existence est si réelle! Voyez- vous- on ne rigole toujours pas avec "Azazgor"!
Croire ou pas croire!!!! Moi je reste le défenseur de ces légendes d'une beauté ravissante et où le bien a eu raison sur le mal. Les contes de mes ancêtres sont vrais malgré moi !!!!!
Comme si j'en ai pas fini avec ce monde de "Azazgor", un jour , j'ai partagé un temps de repos avec Ammi Chrif Wéchtotah . Ce jour là, il était question d'un homme de Azro Ouâlloul ayant vécu une partie de sa vie à Thigarth au pied d'Azro Ngaga. A la fin des années 60 ou au coeur des années 70 , un homme au nom de "Ahcéne" ayant commis, d'aprés les dires des uns et des autres, un crime de sang, s'est échappé à la loi des hommes en se réfugiant à Thigarth. Loin des regards, il a espéré se faire oublier en vivant comme Robinson Crusoé avec les moyens du bord. Ceux qui l'ont côtoyé, racontaient qu'il a réussi son pari en s'assurant quelques moyens de subsistance. Il s'occupait d'un bon potager, chassait, élevait des lapins en nombre et s'occupait de la remise en forme des ânes que les propriétaires relâchaient à leur retraite à "thigarth". Ravigorés par l'herbe grasse et fraiche d'Azro, il les revendait aux gens de passage pour un recyclage dans une nouvelle vie professionnelle. Ces malheureuses bêtes devaient lui en vouloir ! Il s'est aidé dans cette aventure d'une belle batisse construite jadis par une famille de "Ighil-ali" qui partage avec Takorabt la propriété de Thigarth. J'ai appris par la suite qu'elle appartient à des gens de Takorabt mais sans précisions. Ceci dit ,pour l'avoir visitée, il s'agit d'une petite ferme kabyle, en pierre, belle et charmante que Azro N Gaga, se dressant derrière elle, semble porter dans les pommes de ses mains et couver de ses ombres. En somme, un décor de rêve. Le lieu paraît sûr et confortable avec une cheminée et quelques commodités dont une fontaine non loin, dans le ravin qu'elle surplombe.De la discussion engagée avec Dada Chrif , il m 'a appris que cet homme avait fini par quitter les lieux bon gré, mal gré!
Sans le vouloir, donc, cet homme s'est vu contraint de quitter "Thigarth" où il avait établi son quartier général défiant les autorités. D' ailleurs sa défiance lui a attiré beaucoup de sympathie dans la population qui n'a pas tardé à lui trouver un surnom "Youva". Autre un fameux Roi, il en est aussi guerrier légendaire chez les berbères.Mon informateur m'a appris qu'il avait retrouvé sa trace à Ath Hlassa chez l'une de ses soeurs. Un village des Ath Abés non loin de Takorabt. Ils avaient causé ensemble et lui a expliqué ce qui s'est passé la dernière nuit de son départ de Thigart. La nuit qui l'a obligé de fuir Azro Ngaga.Il lui a raconté qu'il y avait eu une nuit d'été sombre. La lune étant absente. Dans les profondeurs de cette nuit, un temps virant du clair au sombre avait attiré son attention. Comme un nuage jouant avec la lumière, une lueur sombre s'alternait avec une autre de clair de lune alors que la lune n'était pas dans le ciel cette fois-ci! Plus le temps passait plus ce contraste redoublait d'intensité.Notre Youva lui a expliqué qu'il a été envahi d'une peur comme il en a jamais connu alors solitaire qu'il était, il ne craignait rien auparavant. Il lui a dit même le comportement de son chien, très courageux et trés aguerri de par ses combats avec les sangliers, avait changé. Pris d'une peur indescriptible, le malheureux s'est réfugié entre les jambes de son maître. Youva a fini par trouver que sa maison n'était pas assez sûre, alors il s'est réfugié promptement sur un arbre. Sa peur a redoublé quand il a vu que son chien l'avait suivi dans l'arbre bravant les difficultés de l'escalade." Yarna Iréfdhiyi élwahch immi izrigh aydhi idhafriyid Arthezémmourth". " La peur m'a encore pris par les cheveux lorsque j'ai vu que mon chien m'avait suivi dans l'arbre". Selon les termes employés.
Il a expliqué à mon informateur que son coeur allait s'arrêter lorsqu'il a découvert les raisons de cette atmosphère de peur qui l'a envahi. Il lui a dit qu'il a regardé vers Azro N Gaga et a découvert ce qui était derrière les jeux étonnants de lueurs qui faisaient le jour et la nuit en pleine obscurité. Il lui a dit qu'il a vu une lumière descendre des rochers d' Azro Amokrane, de Azazgor, vers les rochers de Azro Améchtoh. Ce va-et-vient se faisait d'une façon très régulière faisant reculer et avancer l'ombre d'Azro Ngaga sur "Thigarth" ce qui a donné cette impression de contraste de lumière qui se faisait à intervals réguliers et trés rapprochés . La lumière observée selon "youva" est " Tsafath n timmésth yéstaline yestadhréné" comme une boule de feu portée par l'air. Il avait expliqué qu'il s'est endormi de peur. "Yétés égthagwadhine". Au matin, à l'arrivée du jour, il a fait ses adieux à Azro N Gaga!!!!!.
J'avoue que cette histoire mystérieuse m'a laissé perplexe malgré mon éternelle disposition à cautionner les contes les plus invraisemblable . Youva avait il perdu la raison au point de s'imaginer des choses? !!! Mais connaissait vous un chien qui en perd aussi la raison?!!! Peut être que le mythe de "Azazgor" ne nous a pas livré tous ses secrets.Nous allons nous servir de "AZAZGOR" pour tenter de comprendre toute l'alchimie qui relie le monde berbère à la pierre et la relation est d'une complexité incroyable.
Le rapport du kabyle avec la pierre est un rapport sacré. Une relation quasiment spirituelle. Cette relation est déjà encrée dans son histoire depuis les temps reculés. D'abord c 'est la pierre qui assure la connexion entre le monde des vivants et des morts. Nous avons vu que dans la mythologie berbère les morts reviennent au monde à travers les affleurements rocheux. Ces mêmes affleurements et cimes étaient choisis par nos ancêtres pour y construire leurs maisons. Puis ces dernières ne sont construites que de pierres. Les seules qui offrent une résistance au temps qui passe et pérennisent du fait la relation complexe de l'homme berbère avec ses ancêtres.Inagane; ces pierres tombales qui marquent les sépultures sont en vérité, bien que généralisée dans les sociétés humaines, une pratique très ancienne chez les peuples berbères. Inagane sont au- delà de tout un relai entre les vivants et les morts. Des relais qui communiquent nos prières et nous salutations à nos défunts. La religion musulmane dans sa conception des sépultures n'a pas effacé ce "rôle" joué par la pierre dans l'interprétation faite par nos ancêtres à l'exemple de la similitude entre "Iâssasséne" et "élmalayék".Chez nous après sa mort le défunt est enveloppé de pierres "thimédhline" pratique que peu de sociétés mettent en oeuvre.En témoigne de cette relation quasiment alchimiste les dolmens . Ces gigantesques monuments mégalithiques que nous trouvons parsemés sur le littoral nord - africain et qui sont aussi connus des peuples du nord de la méditerranée. Leur origine profonde dans l'histoire remonte aux débuts des croyances humaines . Les pierres sont érigées comme des temples signant les marques de l'au delà- De ce monde intriguant et inconnu que s' efforcent les religions monothéistes de nos jours de résoudre. Les dolmens africains intriguent beaucoup le monde scientifique. Certains chercheurs ne doutent pas de leur origine berbère et disent; l'Afrique est la terre des origines de l'homme pourquoi ne soit elle-pas, également, celle, de ses croyances?!. Nous y verrons clair plus loin.
Aussi la pierre chez le kabyle est une mère protectrice. Les maisons érigées sur les cimes, qui sont les portes des deux mondes ; celui des vivants et celui des morts, bénéficient de plus de protection, de pérennité et de prospérité. La pierre pour le kabyle est une armure. A l'intérieur de sa maison , il est enveloppé par ses murs de pierre comme une cotte de mailles . Il est aussi à l'aise parce qu'il est dans les bras de ses aieux; iâssasséne "Grabbi imawlanisse".Il est plein d'assurance surtout que "amnar tégourth" , le seuil de la porte, lui aussi en pierre, le protège des intrusions des mal élevés qui doivent d'abord toquer à sa porte pour avoir la permission de rentrer. Chez nous pour dire de quelqu'un qui a osé franchir " amnar" sans permission " yarzaid adhghagh gomnar" , il m'a cassée la pierre de mon "amnar". Casser la pierre, pour nous, se traduit par s'en prendre à notre dignité. Dire le sens de la pierre!!!!!Il Et de même pour délimiter nos biens. Thilisth ; pierres marquant la lisière du champs, n'est qu'un tas de pierres mais au combien on tremble devant 'élhourma" qu'elle engendre alors qu'aucun soldat tenant une arme n'est en vue. Il est de même pour une place réservée. Au marché ou à thajmaâth, une pierre posée suffit de mettre la main sur un endroit sans que l'on soit présent. La pierre parle disent les kabyles. "Adhghagh yéstmaslay" . et que dit-il en permanence ? " ésvaviss... ésvaviss.....ésvaviss.....".Lorsque nous étions enfants, on nous demandait, de prendre une pierre, de cracher dessus, de dire la chose que nous souhaitons pas voir arriver et de l'envoyer au loin de toute nos forces. La pierre toujours dans son rôle de protectrice nous éloigne le mauvais sort. Aussi lorsqu'un bouton se forme aux abords de nos paupières, "illédh" , on nous demande de construire une maison en pierres. Celui et celle qui la détruira se verra notre "illédh" passer à sa paupière. De ce fait, on nous interdisait de casser un tas de pierre construit à la manière d'une maison que nous croisons sur notre chemin.A takorabt , au pied du mausolée de sidhi âdhrahmane à thassifth , on trouve un endroit que les femmes nomment par ce que l'on peut traduire par "les pierres éternelles". Le sens de l'éternité que reflète la pierre chez les kabyles trouve ici tout son sens. Incroyable soit-il , un tas de pierres de taille modeste pratiquement dans le lit de "thasifth" n'a jamais été emporté par les eaux. "Ces pierres ont des îâssasséne, c'est pour celà que l'eau n'ose pas les emporter" disent les vielles. Malgré que de temps en temps leur éternité se voit renforcer par une pierre ou deux jetées par une grand-mère, il est vraiment question d'un phénomène étrange!!
Sans vouloir dénaturer le sens que nos ancêtres donnent à la pierre, l' étrangéité du phénomène s'explique quelques mètres en amont du cours d'eau de Thassifth. Avant que la crue arrive à l'endroit "des pierres éternelles", thassifth prend un virage à quatre vingt dix degré. L 'eau de la crue se voit projetée sur l'autre rive en face des pierres éternelles avant de revenir pour poursuivre son cours normal. Cette poussée soudaine fait que l'endroit désigné est épargné par le lessivage des eaux offrant une véritable éternité aux pierres posées là depuis des lustres. Mais l'essentiel est là, la pierre est dure donc forte et l'on doit être ainsi. On ne doit pas être "Acourra" une motte de terre qui s' effrite mais "adhghagh" une pierre qui résiste et ne s'emporte pas. En plus , des traditions kabyles reculées aujourd'hui perdues, nous trouvons une pratique ancestrale qui a demeurait, pour certains villages, jusqu'après la guerre de la révolution pour s'évanouir à jamais et ne nous la recroisons que dans quelques rares livres d'histoire. Il y avait une pratique où à l'arrivée du printemps, un enfant de la maison se devait de se rendre dans les champs et ramener une pierre sur sa tête."Thagnouchth éntafsouyth", la saison du printemps n'était pas choisie au hasard. C'est le moment où l'herbe couvre le sol, les abeilles bourdonnent, ....et la vie est partout.L'enfant chargé de cette mission n'est pas, lui aussi, choisi au hasard. Il s'agit de celui arrivé à maturité. Celui qui quitte l'enfance pour entrer dans le monde des adultes. Ce rituel marque le passage de l'enfance au monde des adultes. Se rendant aux champs, accompagné des enfants et des adultes pour l'encourager, le garçon à la manière de la femme qui porte une jarre d'eau sur la tête, devait poser une pierre en équilibre sur sa tête et la conduire à la maison sans la faire tomber. Les bras écartés, la démarche assurée, le malheureux élu de la famille ne doit pas faire chuter ladite pierre jusqu'à ce qu'il arrive au centre de la maison où il la remettra à sa mère.
La pierre perçue comme un trophée se voit confier la tâche de tenir le couvercle de la marmite "thachouyth". Ce geste de la pierre posée sur la marmite nourricière est interprété comme l'assurance de la prospérité et de la richesse. La pierre symbolise la force qui veille sur le trésor qui maintient la vigueur de la famille. Chez les kabyles; la pierre protège mais aussi elle nourrit. Elle le fait à travers "thissirth". Celle du blé et celle des olives. La pierre en mouvement chasse la faim. "Assagwas éntawante édhwin igui thézzine yédhghaghéne", " La saison riche est celle où les pierres tournent", ce proverbe fait allusion à agharéf et thissirth.Au même temps, la pierre symbolise la métamorphose de l'enfant. Désormais, il a réussi l'épreuve de conduire la pierre à la maison en équilibre, il l'a de fait battue et dominée. Il est, dorénavant, apte à faire face à la dureté de la vie sans jeux de mot- qui est dure comme la pierre. La tendresse et la fragilité de l'enfance l'ont quitté pour laisser place à la puissance de la pierre reflétée dans sa solidité. "Oulliss dhavladh"; cette expression très connue chez nous, nous vient de ce rituel.Il se disait que chez les ath âbbés, dans la même journée, la journée de la pierre, le garçon désormais adulte se voit recevoir son premier burnous et son premier fusil. Pour les chanceux , ...on les marie quelques jours après!
Il se dit aussi de la pierre conduite à la maison, que la mère la dépose dans "amrouj nétzémmourthe", le tronc de l'olivier. Elle quitte, la maison à l'aube, après que l'herbe du printemps commence à sécher partout, et lui choisi un olivier dans les champs et la place dans son "irébbi". Cette pierre "sacrée" qui a eu comme mission d'assurer le passage de l'enfant de la minorité à la majorité, repose désormais dans l'éternité de thazémmourth. A qui la mère la confiera -t-elle à part la puissance de thazémourth!? Thazémmourth est seule capable d'assurer une telle mission. Protéger la pierre et quelle pierre! Celle empreinte de la sueur de l'enfant lors de sa conduite à la maison, imbibé des vapeurs de thachoyth, le trésor nourricier de la famille. Celle ayant insufflé la force dans l' âme de l'enfant et en a fait de lui un homme.
Beaucoup de choses se manifestent dans ce rituel de l'enfant et de la pierre. La relation complexe de l'homme berbère avec les différents composants de son environnement se réveille dans un bouillonnement de spiritualité et de croyances ancestralement profond et profondément ancestral.Ce rituel perdu chez les ath âbés se manifeste par une légende encore vivante que nous racontent toujours nos mères et qui dit qu'un enfant s'était perdu dans la forêt, "thezgui". Sa mère partit à sa recherche l'a trouvé endormi dans un tronc d'un olivier en prenant une pierre comme oreiller. " thoufath yéttass guémrouj nét zammourth, yéssouméth thavlath". L'enfant dans les bras de sa mère lui a dit que dans son errance, il s'est vu appelé par "thazemourth" par son prénom qui lui a ouvert son " amrouj" pour l'accueillir et que la pierre sur laquelle reposait sa tête s'est transportée d'elle même à ses côtés " éthmourédh arghouréss" et lui a même chanté une berceuse pour l'endormir " éthzouznith". A travers cette légende nos mères, conseillent aux enfants, qui, dans le cas où ils se perdront, de se confier à thazémmourth et de s'armer de pierres contre " bouchouh" ou " waghzéne". Thazémmourth la deuxième mère. Thavlath la deuxième protectrice.Il est sûr que ce conseil maternel avait sa place à l'époque où les bêtes sauvages telles les lions, les léopards; les hyènes... fréquentaient en masse nos forêts et hantaient les esprits de nos ancêtres qui devaient redoubler de vigilance face à ses bêtes sauvages tant l'existence était réelle et certifiée par la tradition orale et les études historiques.Il se dit au village qu'une rencontre s'est produite entre un homme du village et un lion et dont le décor de ce croisement est toujours la pierre. A ighzar mehdhi, dans le ravin de méhdi, à la hauteur de deux rochers, dressés par la nature, côte à côte, d'une taille imposantes inspirant le respect, un homme chargé d'un repas copieux s'est vu interrompre sa progression par un lion qui lui a barré la route. Cet homme n'avait dû son salut qu'aux deux rochers qui se trouvaient là mais aussi à la saucisse et le pavé de viande " thâsvante éstachrihth" qui agrémentaient son repas. Il s'est réfugié sur le premier rocher mais le lion s'est porté à sa hauteur. Il lui a alors envoyé la saucisse dans la figure. Le lion l'a mangée alors que l'homme s'est déjà réfugié sur le deuxième rocher. Cependant, le lion loin de se satisfaire de la seule "thaâsvant" il l'a suivi sur l'autre rocher. Notre homme s'est vu obligé de lui envoyer "thachrihth"> une nouvelle fois dans la gueule. Repus, le lion est parti en se nettoyant les babines. Ses deux rochers, quelque peu sauveteurs, se dressent toujours à ighzar mahdhi et que l'on nomme chacun en ce qui le concerne "thaâsvant" et " thachrihth". Une histoire amusante et agréablement encrée dans la mémoire délicieuse des parents.
Il y en a, des rochers, ceux qui ne meurent pas dans l'imaginaire de nos ancêtres. A ce sujet, les celtes et les berbères partagent un proverbe " La pierre ne meurt jamais " adhghagh ourinéggar".Cela nous conduit à un passage dans un livre d'histoire traitant des berbères où les historiens coloniaux au début de la colonisation se sont efforcés de nous trouver des origines celtes. Une façon de nous assimiler aux peuples d'Europe pour nous trouver une origine européenne servant gracieusement la colonisation de l'Afrique du Nord . La raison de tout cela ?
Les dolmens!!!! Oui les dolmens . Ces monuments mégalithiques qui distinguent le monde celte. Les historiens français étaient tout simplement tombés des nues en découvrant que le sol nord africain-est jonchés de dolmens d'Est en Ouest et du Nord au Sud. Leur nombre dépasse tout ce que le monde celte pouvait en contenir; de la Galice en Espagne jusqu'en Ecosse . Inconcevable à leurs yeux ;ils sont allés nous chercher des origines européennes jusqu'à ce que la rigueur scientifique les rattrape. L'Afrique est la terre des origines de l'homme et elle en est aussi la terre des origines de ses croyances.Jusqu'à nos jours le débat fait encore rage dans le monde scientifique. La pierre des berbères triture les méninges des chercheurs. Certains, se sont pliés à l'origine berbère et défendent leurs thèses bec et ongles. L idée que les dolmens nous sont venus des iles d'Europe toutes proches comme la Sardaigne et la Corse ne tient plus face à leurs arguments. Des chercheurs comme Worsae et Desor insistent sur le caractère indigène des dolmens de la berbèrie et pour eux "la migration" des dolmens s'est faite du Sud vers le Nord et non l'inverse. Leur origine celtique se trouve alors battue en brèche. Ce courant d'opinion s'accentua progressivement avec le développement des fouilles ; le grand chercheur Stéphane Gsell cautionna fermement de sa science ce point de vue qui passa finalement pour une vérité officiellement établie.
Le dolmen est alors un monument autochtone nord-africain. On en a tous entendu parler mais les images que nous cultivons dans nos pensées ne sont que celles des dolmens européens chers, entre autres, aux Bretons et aux Ecossés et nous ne savons pas que le sol de la berberie en possède la nécropole dolménique la plus grande du monde avec une concentration de plus de quatre mille sépultures dans la montagne de MAZELA dans les Aurés.Les raisons de tout cela ?!!! Autre l'ignorance qui s'érige comme "une culture" chez nous, les pouvoirs politiques très sensibles à tout rapprochement culturel entre l'Afrique et l'occident nous empêchent perpétuellement de voir clair dans ce que nous sommes vraiment. Il nous préfèrent des liens artificiels à l'horizontale vers l'Orient aux liens naturels à la verticale vers l'Occident. C'est dingue!!! ils font payer leur divergence politique aux pierres. Preuve que la pierre est vivantes !!!!!!!En ce qui concerne la Kabylie, il y en a aussi des dolmens et en grand nombre mais concentrés sur le littoral surtout à Ath Raouna, Ivarisséne et Ath Garet. L'intérieur de ses terres d'une occupation humaine de masse plus récente est plus pauvre en dolmens. Ceci-dit des sépultures dolméniques y existent par-ci et par-là mais la nature du sol accidenté empêche de les distinguer et par fois même sont attribués par erreur à l'architecture de la nature alors qu'ils étaient conçu par les hommes. Leur existence dans les terres des Ath Abbés est fort probable. Peut être pas dans l'architecture qu'on leur reconnaît mais sous d'autres formes comme les timulus (tertres, bazinas) . Un assemblage de pierres empilées à la façon d'une voute . Peut être que la tombe du Colosse de Thiguerth en est une?Ceci dit, en berbèrie, la plupart sont de forme dolménique, dans le sens propre du mot, qui sont des monuments faits de dalles placées de champ en terre, auxquelles on donne le nom de piliers, supportant d'autres dalles horizontales formant plafond appelés tables. Le défunt est placé à l'intérieur de cette chambre mégalithique. Les archéologues en ont trouvé un nombre important. Leurs études nous ont éclairés sur les rites funéraires berbères qui accompagnaient les défunts d'objet divers et variés; des ustensiles, des bijoux, des armes. Ces objets mortuaires à caractère talismanique ont donné énormément de détail sur nos ancêtres, leurs croyances , leur vie, leur art, les caractéristiques de leur poteries, leurs armes et les métaux utilisés. L'analyse de ce dernier élément, le métal, a permis la datation de certains dolmens qui remontent à l'âge de bronze voir plus loin pour ceux qui avaient fourni des armes en silex.
L'apport historique des dolmens berbères pour l'humanité réside dans le sens même des dolmens. Les avis divergent toujours sur la parfaite raison de leur existence. Même si l'origine des dolmens est connue ; elle est spirituelle, des points d'ombre continuent d'alimenter le débat scientifique notamment sur leur vraie signification et les attentes de leur batisseurs Certains dolmens occidentaux de par leur taille gigantesque ont acquis l'unanimité chez les scientifiques qui les considèrent comme des temples, des lieux de cultes; ancêtres des églises, des synagogues, des mosquées..... mais ceux de l'Afrique du Nord de taille modeste réfutent cette thèse. Le plus souvent, individuel, reçoive un seul corps , il est difficile de les assimiler à des lieux de cultes. Cependant, il demeure non loin mystérieux par le cercle de pierres qui les entoure. Cette architecture en fait l'une de leur caractéristique les plus étonnantes. Certains scientifiques y voient la marque du Dieu Soleil, cher aux croyances berbères, incarné par le Bélier. Une croyance dont les profondeurs préhistoriques berbères n'est pas à discuter. Cette croyance qui a fait naître le dieu Amon qui est passé chez les Egyptiens sous l'appellation de "Ra" pour lequel ont été érigé les pyramides, un monument mégalithique, autrement dit "un dolmen", dans la taille dépasse l'entendement.
Le berbère n'a pas fini avec la pierre et semble s'être marié avec pour l'éternité. Le défunt est enterré dans la pierre, couvert par la pierre et revient dans le monde des vivants à travers la pierre. Un art funéraire millénaire qui a l'âge de ses croyances.Il a fait voyager cette pratique à travers les âges jusqu'à en bâtir les deux plus belles sépultures funéraires de son architecture qui sont " Imadhghasséne" à Batna et le " Tombeau de Juba" à Tipaza connu sous le nom du "Tombeau de la Chrétienne". D'un âge bien antérieur à l'arrivée des Romains; ces deux monuments intriguent toujours le monde des archéologues qui ne peuvent leur donner une datation exacte. Ils gardent leur mystère à travers les propos de Stéphane Gsell, incapable d'en dire autre chose, "C'est une construction de type indigène couverte d'une chemise grecque".Les historiens romains disaient que les africains , non romanisés, continuaient à en construire dans toutes les régions marginales ou montagneuses des sépultures dolméniques.
Certains scientifiques veulent y voir , à raison, la marque de l'homme Capsien, l'homme ancêtre, dans la relation ombilicale de l'homme berbère à la pierre. Il lui vient des âges où l'homme Capsien, devait s'installer à proximité d'une terre d'eau , de gibiers et .. aussi de pierres pour y tailler des armes et des outils. Que lui serait la vie-pour ce chasseur-cueilleur sans les outils taillés dans la pierre; des bifaces, des racloirs, des pointes de flêches, ... pour en vivre et se défendre des bêtes?!. Il est connu que les mines de silex ou tout autre pierre de nature à permettre la réalisation d'outils, étaient très prisées et âprement défendues en ces temps reculés. La vie de l'homme capsien gravitait autour des mines qui lui donnaient l'occasion de renouveler sans cesse son matériel nécessaire à sa survie en son temps et sans lesquelles ses conditions d'existence lui seraient très hostiles. Il a apprivoisé la pierre jusqu'à en faire des outils merveilleux que le génie de l'homme moderne ne peut reproduire. Cette alchimie s'est construite depuis ces âges là et s'est poursuivie à travers la sédentarité qui est aussi une affaire de pierre qui offre le gîte et le couvert dans une maison en dure chaude et confortable. Ce confort l'a espéré à ses défunts à travers les dolmens. Déjà en son temps, il était prédisposé à donner suite à la vie après la mort. La disparition physique de l'un des siens ne signifiait pas dans son imaginaire l'anéantissement complet d'un semblable. Il en est autrement; même s'il est difficile de retracer le cheminement exacte de sa pensée à ce sujet, il est très justement possible d'affirmer que sa réflexion regorgeait de détails d'une existence qui fait suite à la sienne après qu'il soit hors de son monde. Les objets talismaniques et les offrandes en tous genres qui sont inhumés avec ses défunts sont autant d'indices qui forment une passerelle entre lui et le monde d'ailleurs. Un autre monde semblable au sien voire encore meilleur. Nos ancêtres les berbères ne nous ont pas laissé un nom à "l'enfer" mais seulement un qui parle du paradis; "Thamsounte", le singulier de "thimsounine", peut être que ce terme résume à lui seul tout l'au delà-de notre ancêtre; le premier homme berbère.
Ce rapport s'est prolongé jusqu'à nos jours et s'est perpétué dans des pratiques consciemment et inconsciemment mégalithique. De "thimédhline" qui le transporte dans l'au-delà; aux mausolées qui couvent ses "lawlia". Cette pratique dite maraboutique qui consiste à ériger un mausolée pour "Sidi-léflani", qui est typiquement nord africaine, n'a-t-elle pas des relents à la fois préislamiques et préhistoriques s'apparentant à une oeuvre dolménique?!!!!
Telle était l'estime de l'homme berbère qui a fait voyager sa pierre légendaire durant des siècles.
Voila donc où nous sommes arrivés depuis le mythe de "AZAZGOR" . Nous nous quittons par cette réplique d'un vieux berbère à un scientifique
qui l'a interrogé sur un dolmen se trouvant non loin et que le vieux avait toujours connu : "Ce dolmen est l'incarnation d'un couple dont la puissance divine a refusé l'union et les a figé ainsi l'un à proximité de l'autre". "Et de ce cercle du soleil tout au tour?" demanda le scientifique. " Ceux sont les témoins et les convives à la noce, figés en pierres au même moment" rétorqua avec conviction notre vieux. Réelle ou simplement née de l'imagination de l'homme, cette histoire de couple maudit est édifiante quant au pouvoir des vestiges anciens d'alimenter les légendes et de "titiller" l'imagination de ceux qui aiment se retrouver pour narrer des histoires extraordinaire. On appelle ça "la culture"; "Notre Culture". " Adhlésse énagh". Il l'est non parce qu'il est "vrai" mais parce qu'il est une "Légende"; "notre Légende". "Thamachahouts énnagh". autrement dit notre histoire.
"L'histoire est du vrai qui se déforme, la légende du faux qui s'incarne"!!! n' est ce pas?