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"Azéka él djahel" ou "azéka gaghzéne" voilà comment s'appelle une tombe géante mystérieuse et intrigante à Azro n Gaga. Les récits qui lui sont rattachés frappent l'imaginaire et son existence matérielle provoque chez l'individu tout au moins un grand étonnement.
De quoi parle-t-on?!
D'une tombe, une sépulture comme il y en a des centaines parsemées à Azro N Gaga. Mais celle que nous traitons aujourd'hui est à part. Elle inspire le respect, alors qu'elle n'a ni mausolée, ni saint aux quels elle renvoie. Elle est toute simple et rudimentaire mais elle marque sa différence par ; le gigantisme et le mythe.
Un jour, n 'ayant que neuf ans, avec une bande de copains du même âge armés de bâtons, nous sommes partis en toute discrétion à Azro N Gaga chercher "Thouvrasth", vous savez ces baies sauvages sucrées qui sont le fruit de l'aubépine qui font la joie des gosses et même des adultes.
Un membre de la bande nous a fait connaître pour la première fois "Thigerth" . Cette plaine en bas du flanc Nord d'azro n gaga. Depuis que les hommes avaient abandonné la culture céréalière , le champ était libre pour le foisonnement des pouces des aubépines qui ont colonisé une bonne partie de Thigérth. De ces aubépines , il y en a de toutes les tailles. Certains, se dressent en grands arbres inspirant le respect. D'autre, très jeunes, ne dépassant pas les tailles des enfants que nous étions. Leur multiplication avait fait notre joie. Nous en avons récolté autant que nos petites mains pouvaient saisir et autant que nos bras pouvaient porter.
Nous avons laissé nos sacs au pied d'un arbre pour profiter du temps qui nous restait. Nous nous sommes promenés dans les environs montant les collines et fouillant les broussailles dans l'espoir de décamper un lièvre ou une perdrix. C'était ainsi qu'au cours de cette promenade que nous avons découvert un endroit qui nous a, un instant, choqué. Au passage, par une petite colline dans les hauteurs de thigarth nous sommes tombés sur une tombe gigantesque. Sa longueur a frappé nos esprits. Elle faisait dans trois mètres tout au moins. Elle était a découvert. C'est-à-dire que la terre la recouvrant a disparu laissant entrevoir l'alignement de ses pierres plates "Thimédhline". Au vu des tailles moyennes de thimédhline que nous connaissions, celles sous nos yeux étaient énormes.
Tout ceci, laissait prévoir la taille de celui ou "celle" qui était en dessous. Il devait avoir celle de "thaydha" qui a poussé à son côté. Il y avait un vieux pin à son côté faisant penser à un gardien "Aâssasse" ou avec plus d'imagination à la réincarnation de celui qui dormait sous les pierres. D'ailleurs , l'une de ses racines avait longé la surface de l'une de "thimédhline" avant de s'enraciner dans le sol sur l'autre côté. Se montrant ainsi comme une main posée sur ladite pierre. Du coup l 'arbre avait l'air de dire" Ne touchez pas à ma tombe". La grandeur démesurée de la tombe et son arbre protecteur nous a fait vraiment froid dans le dos. Et comme si le décor ne suffisait pas pour nourrir notre peur , l'un des accompagnateurs nous a expliqué qu'il en avait entendu parlé auparavant . Il nous a informés qu'il s'agissait de la tombe d'un "géant mangeur d'hommes". Alors, cela avait suffi pour les gosses que nous étions de déguerpir au plus vite de ce coin.
Nos sacs chargés de thouvrasth sur le dos , nous regagnons le village non sans inquiètude car, nous devions, tous, expliquer aux parents où nous avions passé la journée et l'origine de "thouvrasth" avec laquelle nous voulions régaler nos frères et soeurs.
Chacun y allait de son imagination pour s'éviter une punition certaine car, eu égard de nos âges et l'endroit où nous nous sommes rendus les parents allaient nous "massacrer". Pour ma part, le marché "éssouk" était une solution toute trouvée pour me faire passer devant ma mère. Comme une fois la cap matérnel était franchi, celui du père suivra (normalement). Je suis rentrée tranquillement à la maison avec la protection des quelques -soit disant- dinars qui m'auraient servi à acheter thouvrasth.
Le soir venu c'était au tour de mon père de goûter thouvrasth du "marché". Mais ses yeux aiguisés avaient capoté mon plan et s'est exprimé :" Tout de cette thouvrasth dit qu'elle vient d' Azro n gaga ; le goût, la couleur et la taille". Voilà que je me suis préparé à recevoir une bonne punition pour avoir "pris le risque ...d'être mangé par les chacals,... me faire mordre par un serpent.., tombé dans un ravin, ..." et j'en passe et des meilleurs.
Mais ce soir là, l'esprit wézrawiste de mon père avait fait que les réprimandes soient étouffées avant qu'elles ne soient transformées en coups. A travers ma balade, il s'est renseigné sur l'état des champs d'oliviers , la présence de l'eau à "amdoune gakhlifa", les personnes croisées...etc.
C'était une chance pour moi d'avoir un père ayant réagit ainsi car, des membres de ma bande avaient bien "mangé". " tchan thighrith".
Mais à vrai dire, moi aussi , je ne me suis pas trop bien tiré d'affaire ce soir là. Dès que j'ai révélé à mes parents la découverte d'une tombe géante au pied d'un arbre , les réprimandes ont refait surface. Ils m'ont appris qu'il ne fallait pas s' y rendre car, c'était un lieu maudit....d'où l'on revenait fou... "Yessâ daâwéssou". Cela avait inquièté ma mère qui a fait tournoyer une poignée de sel sur ma tête pour chasser je ne sait toujours pas quelle malédiction. "Théziyi lémlah".
Il s 'est passé quelques années sur cette histoire. Le constat était toujours le même aucun moyen ou presque de savoir quoique ce soit de plus sur cette tombe. C'est pour dire que les gens n'aimaient pas évoquer ce lieu et ne souhaitaient pas non plus en faire une légende ou lui attacher un intérêt particulier. On dirait que les adultes que j'ai questionnés souhaitaient qu'il soit oublié de tous. C'était vraiment étonnant. Quelle malédiction doit avoir ce lieu pour que tout le monde en fasse un tabou?!
De tout ce que j'ai pu glaner le concernant à la suite "de la tombe du mangeur d'hommes" c'était :" Il y avait un couple; un homme et une femme, qui vivaient au pied d'azro n gaga à Thiguerth. Ils vivaient bien à l'abri du besoin grâce à leurs champs, leurs jardins et leurs animaux domestiques. Un jour un heureux événement est arrivé. La femme a mis au monde un enfant qui avait fait le bonheur de ses parents. Mais le bonheur n'était qu'éphémère. Contrairement aux enfants ordinaires, celui-ci grandissait très vite. Ses parents devaient donc sans cesse se débrouiller pour le nourrir car, il était d'un appétit vorace. Leurs réserves de nourriture diminuaient de jour en jour jusqu'à ce qu'elles disparaissent. Ils se sont retrouvés dans l'obligation de sacrifier tout leur bétail pour répondre au besoin du fils qui grandissait à vue d'oeil. En quelques mois, il a atteint disait-on la taille d'un géant de trois mètres. A la fin, ne pouvant pas le nourrir , les parents ont décidé de s'enfuir. Mais leur fils les a rattrapés et les a mangés à leur tour. N'ayant plus rien à se mettre sous la dent, il mourut et fut enterré à thigarth . Depuis ce jour là, la tombe porte le nom de "azéka éldjahel" , " la tombe du colosse".
Bien qu' heureux de trouver quelque chose pour satisfaire ma curiosité cela n'avait pas complètement dissipé le mystère de la peur qui entoure sa tombe.
La fin que le colosse avait réservé à ses parents était, serte, horrible mais de grâce les gens, de nos jours, devraient, comme même, se dire qu'il ne s'agissait que d'une légende?!
Peut être, y avait-il une histoire plus profonde que celle qui lui a été rattachée? Une de ces histoires qui devaient marquer l'imaginaire collectif d'une grande crainte.
Dans l'espoir d'apprendre un peu plus sur "la tombe du colosse" c'était en toute évidence que je me suis approché d'un vieux conteur comme dada Hmacha.
Dans un premier lieu, il m'a confirmé la crainte que lui vouaient les gens. Dans leur esprit il était un lieu maudit et pas du tout recommander. Lui-même ne l'avait vu qu'une seule fois pour satisfaire, comme nos tous, sa curiosité. A son époque où les croyances étaient fortes, il n'avait fait qu'une petite halte pour s'en rendre compte des lieux. De nos jours, je dois le souligner ce mythe de la peur s'est quelques peu essoufflé avec la nouvelle génération peu observatrice des règles de vie de nos ancêtres. Mais quelques âmes encore superstitieuses ne s'y rendent jamais.Alors, d'où vient cette peur encore partagée par certains?
Selon Dada Hmacha il faut chercher la réponse dans une autre appellation de "Azéka El djahel" qui était " Azéka G aghzéne". Rien qu'à l'évocation de cette deuxième appellation enfouie dans la mémoire de quelques vieux du village, nous commençons déjà à entrevoir quelque chose qui fait vraiment peur " Ouaghzéne". Une créature légendaire qui inspire la crainte et la peur. Ouaghzéne étant l'Ogre dans la mythologie berbère. Lui et sa femme l'Ogresse " Stariél" faisaient un couple redoutable évoluant dans le monde du mal. Ils incarnaient les mauvais esprits. La-même mythologie berbère leur opposait "Iâssasséne" qui étaient leurs contraires; des esprits bienfaiteurs et protecteurs .
Voilà donc quelque chose qui a un sens. La tombe du colosse serait celle de l'Ogre. La tombe de Ouaghzéne. Un mauvais esprit non recommandé . C'était pourquoi qu'aucune mère ne voulait voir son fils ou sa fille se présenter à cette tombe au risque d'être "frapper" par la malédiction. La superstition, évoluant à l'époque de paire avec les maladies psychiques, avait sauvegardé ce mythe faute d'une prise en charge scientifique.
Pour une génération comme la nôtre, nous portons forcément un regard sympathique et même rieur sur cette "affaire" . Tantôt un colosse ayant mangé ses parents, tantôt un ouaghzéne nous venant droit de la mythologie berbère.
Mais franchement, une question mérite un dénouement. Pourquoi la tombe est aussi grande. Elle trône comme une preuve vivante de l'existence d'un être enterré dont la taille dépasse l'entendement.
L'être serait -il un animal? La réponse est depuis quand, nos ancêtres, enterraient-ils des animaux conformément aux rites humains? La tombe est à l'exemple d'une sépulture humaine. Une fosse taillée à l'intérieur puis un alignement parfait de pierres plates par-dessus. Et pas n'importe lesquelles! Elles sont énormes et rien que leur rassemblement dans un seul lieu demande un effort considérable jamais consenti pour le cadavre d'une bête qu'on laisse d'ordinaire aux chacals. Et puis quel animal de chez nous en faisait plus de trois mètres?
Le seul récit qui parlait d'une bête géante était celui rapportait par deux personnes du village, dada mastapha "fellas laâfou" et un autre de Ath Vessaî.( je ne me rappelle pas du nom).
Dans les années soixante-dix , alors qu'ils étaient à thizintaka , ils auraient aperçu un animal guidant devant lui deux sangliers. "Inébbah sin yilfane". Il les a conduits vers les grottes de thiqentarth. Il était un animal qualifié de "éllafâ" . Il était tellement grand que les arbres qu'il frôlait sur son passage tanguaient comme des simples herbes. Les chiens ont eu tellement peur qu'ils se sont réfugiés sous les ânes. "éfréne daw gaghyal". Quand j'ai demandé auprès de Dada Méstapha des détails sur ce récit; il a qualifié l'animal de "él hiya" se déplaçant comme un serpent géant !!
Ce récit , incroyable soit-il, fait l'unanimité chez pas mal de gens et l'ensemble des wezrawistes y croient. Je l'ai entendu plus d'une fois au cours de mes séjours à Azro.
Peut être un déplacement sur les lieux nous apportera des réponses?
Accompagné d'un "archéowézrawiste" comme moi , nous nous rendons sur place avec toute la tiraille des archéologues de chez nous , c'est-à- dire "thaqavachth et rien que thaqavachth".
De Thigarth nous repérons thaydha protectrice de notre tombe. Droit devant et nous y serons dans quelques minutes. Sur place, "éswanouz ayiâssasséne" comme même ,parce qu'on ne sait jamais!. Même "scientifiques" nous craignons la malédiction. Il ne faut pas oublier que nous sommes venus "éventrer" une tombe. Sinon, par quel moyen voulez-vous que l'on éclaire le mystère?!!
Notre tombe est toujours sur place depuis que je l'ai découverte il y a déjà quelques années avec sa thaydha. C'est cette dernière qui lui donne en plus de sa taille un aspect mystérieux. Elle est vieille cette thaydha. Les rides de ses écorces font vieillir en même temps la tombe. Et la racine dont je vous ai parlée auparavant est toujours là. Elle met, toujours, main basse sur une pierre plate "Thimdhélt" . Une simple curiosité botanique de la nature ou une signification mystérieuse?!. Dans tous les cas cela est frappant. Elle rappelle à tout le monde par sa racine plutôt par son "geste" qu'elle veille sur celui qui dort ici.
Cette thaydha est, au bas mot, séculaire. Notre tombe doit être plus âgée qu'elle, si l'on devine l'âge par la racine qui était venue après.
Maintenant, la tombe proprement dite. Comme je l'avais expliqué, elle est un alignement de trois mètres, ou plus, de grosses pierres plates et épaisses qui évoquent un gigantisme hallucinant. L'orientation semble faite vers le lever du soleil . Période islamique? Aucune idée car, les berbères aussi enterraient leurs morts en direction du lever du soleil; le soleil étant le dieu "amon" incarné par le Bélier.
Les pierres-témoins, "Inagane" ont disparu. Celles qui font la couverture "thimdhline" semblent aussi être bousculées. Hormis celle qui est prise par la racine de thaydha , les autres semblent avoir perdues leurs positions initiales. Un rapide regard sur les jointures, fait dire que leur alignement avait été refait.
L'une, à l'extrémité Sud, est partiellement déterrée. Elle laisse entrevoir l'intérieur de la tombe bien chargé de débris végétaux. Nous la mettons de côté, non sans effort et aussi ...émotion.
Nous examinons les entrailles de la tombe. Elle n'est formée que d'une couche végétale qui semble être remuée nous faisant ainsi perdre l'espoir de trouver une preuve du gigantisme de l'habitant des lieux.
Nous le déduisons avec les maigres connaissances archéologiques que nous possédons. Les dépôt biologiques sont irréguliers. Les dépôts récents et moins récents se côtoient à tous les niveaux. La strate est mélangée. Nous y voyons ici l'oeuvre de fossoyeurs ou de simples curieux. Dans tous les cas cette tombe était "violée". Nous aimerions qu'elle soit de l'autre côté d'Azro à "Eldjamaâ Gassaréne", où la végétation et la nature du sol l'auraient gardée intacte.
Ne perdons pas l'espoir, nous déplaçons "thimédhline" dans le grand respect que mérite une sépulture. Délicatement nous les mettons à l'écart. La déception est toujours là et est grande. Rien , nada, oualou!Les débris végétaux occupent toute la place. Nous avons espéré trouver un tibia d'un mètre et demi pour prouver au monde entier ce que recèle notre Azro N gag; en vain.
Nous remettons les lieux en état avec beaucoup de minutie comme si nous voulions, par là, nous faire pardonner notre intrusion dans l'intimité de celui qui repose ici. Car, même si sa trace biologique a disparu, il a sûrement imbibé les lieux de son âme. Depuis toujours et pour tout le monde ce lieu est chargé de mystère et personne n' y fait n'importe quoi au risque de s'exposer à la vengeance du propriétaire de la demeure. Pour les fossoyeurs, "adhyéltéf rabbi".!
Nous alignons donc "thimédhline" avec beaucoup de soin. C'est ainsi que je tombe sur une trouvaille qui frappe mon esprit.
"En fait, j'ai senti la présence d'un objet lorsque j'ai passé ma main sous la pierre prise par la racine pour s'assurer de son alignement avec une autre. Je l'ai ramené au grand jour; c'était un couteau!".
De prime abord, il s'agit d'un objet métallique pris dans la rouille. Une fois débarrassé de son manteau de rouille , je constate qu'il s'agit d'un couteau.
C'est alors que je me voie pris dans une pensée. Mon accompagnateur m'avait dit ,plus tard, qu'il ne m'avait jamais vu aussi contemplatif.
En fait, le couteau en question m'a renvoyé à un évènement malheureux auquel j'avais assisté au village. Une femme avait placé un couteau sur la dépouille de son enfant qui allait être conduit à sa dernière demeure. Ce geste m'avait interpellé à l'époque au point qu'après que la douleur s'est quelques peu estompée, j'ai demandé à cette mère de m'éclairer sur son geste. Elle m'a répondu que toutes les femmes kabyles faisaient ainsi, refusant de laisser leurs enfants partir sans protection. Elles lui confiaient un couteau "une arme" pour se protéger.
Par la suite, avec l'étude des rites funéraires berbères, j'ai découvert que nos ancêtres croyaient à une vie après la mort. Sans croire à la réincarnation, d'après eux, l'individu refait surface parmi les siens après les quarante jours éprouvants passés sous la terre d'où la cérémonie des quarante jours que nous connaissons qui est organisée pour fêter le retour du défunt.
Notre colosse était-il alors un enfant ? Un enfant ,fils d'un couple de géants ayant habité anciennement Azro n Gaga? Peut être que la légende entendue l'a habillée, injustement, de malheur alors que sa mère avait pleuré sa disparition en lui confiant un couteau protecteur. Si le couteau pouvait juste parler!... je l'ai remis à sa place et le mystère avec.
Mais il avait, comme même, le mérite de nous parler des rites berbères encore existants qualifiés par les chercheurs de " survivance".
Si vous observez à Takorabt une mère entourant de soins son bébé vous y verrez ces "survivances". La mère s'assoit en allongeant ses jambes. Par dessus, elle pose son nourrisson et fait reposer sa tête dans le creux formait par la jonction au niveau de ses deux pieds.
Ici deux cultes se dessine, le premier est que la mère adopte une position d'accouchement. la seule position admise pour porter les soins aux bébés car, elle est la seule qui puisse pérenniser la fécondité et faire espérer la multiplication des naissances dans la famille. Auparavant, jamais une femme ne donnait soin à un bébé dans une position autre que celle-ci.
Le deuxième rite, est dans la position du bébé qui a la tête vers le bas. En absence des techniques médicales de nos jours, les accoucheuses savaient trés bien le risque que représentait un bébé se présentant par les pieds à l'accouchement. En plaçant ainsi un nourrisson sur ses jambes, la mère éloignait le risque de s'exposer à une mort certaine au prochain accouchement. Dans la croyance kabyle ,le nourrisson lorsqu'il est allongé la tête vers le bas apelle disait-on ses futurs frères et soeurs à venir au monde dans sa position ;par la tête.
Arrive alors le moment où le bébé doit être emmitouflé dans un linceul comme une momie. Les spécialistes y voient la capacité d'un rite à voyager à travers le temps et sa puissance à survivre de génération en génération. Cette pratique est trés ancienne. Elle nous vient de l'époque où les berbères et l'Egypte pharaonique partageaient les mêmes croyances. La momification était le moyen de refaire naître les défunts. Un moyen assurant la renaissance. Le défunt échappant à ce rite était perdu à jamais.
Par la suite, d'un rite Post Mortem, il était devenu un rite pratiqué In Vivo. Le linceul insuffle la vie, garantit la pérennité de la personne pour finir par devenir un objet protecteur enveloppant les êtres fragiles pour leur assurer une longue vie.
Le linceul a survécu même aux deux religions monothéistes. La croyance populaire a promu l'idée que "thoutsla" garantissait au nourisson la droiture de la posture sans un dos recourbé ou des jambes arquées.
Aprés "Thoustla", la pluri-religiosité fait son apparition, inconsciemment, dans les gestes de nos mères. Aprés que le bébé est emmitouflé comme "une cartouche" dans son linceul. Sa mère forme de ses avant-bras le signe de la Croix Chrétienne à deux reprises "assaisonné" de la formule islamique " émsalmine émkatfine". Voyez-vous ,donc , dans les soins prodigués au nourrisson, la superposition de toutes les couches religieuses de notre race berbère!
C'est ce qui est appellé "la survivance des rites".
Voilà , par quoi s'achève notre étude "wézrawilogique" de "la tombe du colosse".
Ce-jour-là, nous sommes partis sans rien régler de l'énigme. D'ailleurs on avait ajouté au mystère des mystères et rien n'explique à ce jour l'origine de cette tombe dans l'existence est si réelle.
Mais ce qui est sûr, est que le respect et le bon traitement que nous avons témoigné à cet inconnu , Ouaghzéne" soit-il, nous l'a toujours rendu. Azro N gaga est toujours notre havre de paix.