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AZRO N GAGA

Partie 4- Ouchanéne Gazro.

Bonjour les amis, aujourd'hui nous allons parler du chacal d'Azro n Gaga. Allons voir qu'est ce qu'il va nous raconter Bouchouh!

Il 'était une fois l'hiver à Takorabt. Un hiver rigoureux empêchant les villageois de poursuivre la récolte des olives. Oui, l'olivier tant aimé a la facheuse habitute de ne faire mûrir son trésor qu'en hiver et rien qu'en hier exposant ainsi les récolteurs aux affres du temps hivernaux.

Cependant, un soir un chacal a apporté la bonne nouvelle.

- "Demain il fera beau" s'exclama une grand-mère en direction de ses petits enfants.

-"Et comment le sais-tu grand-mère?!" Lui avaient demandé les enfants.

La grand-mère leur a alors répondu;

 - "Ecoutez le chacal? écoutez-le? Il hurle sur la colline, c'est le signe que demain il fera beau!"

 

Voilà comment est interprété le hurlement du chacal en hiver à Takorabt. Maudit lors de la récolte des figues et des raisins ( grand mangeur) mais joyeusement attendu pour celle des olives!

C'est par la légende du chacal d'hiver annonciateur du beau temps que nous entamons un autre récit sur les légendes d'Azro n gaga.

Nous parlerons de trois chacals que les "wezrawistes" avaient nommés chacun d'un nom en fonction de ce qu'il inspirait. Nous commençons par le plus mystérieux de tous " Le chacal Blanc" -Ouchéne améllal puis la bien-aimée "Thabahbouhthe" pour finir par le sympathique "Pattes Blanches"-Voukarsaêne Iméllaléne-.

Azro offre à ceux qui le côtoient de trés bonnes occasions d'observer toute la splendeur de la nature et en premier lieu les bêtes. Ces bêtes sauvages qui trouvent refuge dans le permanent tapis végétal

qui le couvre.Cependant, la bonne acuité visuelle ne suffit pas toute seule pour se rendre compte de leur présence. Il faut, comme pratiquement partout au monde, vivre avec la nature, se frotter à elle et se noyer dans ses décors jusqu'à en faire partie pour pouvoir admirer sa faune. Le seul moyen d'y parvenir est de séjourner tout au moin une semaine.

Dés fois, faire un aller-retour à Azro n gaga, fait que la chance vous permet d'apercevoir un sanglier ou un chacal mais malheureusement rarement car, les bêtes fuient l'homme.

Mais y planter un bivouac de quelques jours, vous donne la chance à coup sûr de croiser les regards de ces éternels habitants de la forêt . C'était comme ça que j'ai pu découvrir la diversité de la faune et aussi de la flore d'Azro n gaga.

Il se révéle, alors, un lieu plein de vie où chaque endroit vous rapelle une rencontre avec un animal; un sanglier "iléf" voire un troupeau, une genette " " izirdhliw"", une mangouste" isévsév", un hérisson "inissi", un porc-épic " arouy", un renard "avaragh".........ou les oiseaux entre autre le plus beau de tous "ijighagh" , cet oiseau multicolore, où comme nous l'avions vu dans un précédent récit; le rossignol

"agdhi nét ziri".

Egalement de tous ces animaux vous côtoyez les chacals.

Vous les côtoyer au sens propre du mot. Et pour cause, vous séjournez dans leurs territoires. Oui, leurs territoires car, le checal ne vit que dans son territoire propre que sa domination a pu délimiter.

Cette idée est dans les livres mais les "wezrawistes" l'ont découverte sous leurs yeux. Lorsqu'ils séjournent dans un endroit d' Azro, il n'est pas le leur . Il fait partie au préalable d'un territoire déja occupé par un animal au sommet de la chaîne alimentaire. Le chacal y voit une intrusion. Alors lorsque vous êtes de passage, il le sait et le "comprend" . Mais quand vous y séjournez, il "se pose des questions" sur ces intrus ayant osé "se mêler de ses affaires". Aprés qu'il ait découvert que vous n'avez pas de chiens à lancer à ses trousses, il prend confiance et vous nargue par des approches osées allant jusqu'à subtiliser vos vivres en votre absence.

Dés fois, il vous le fait carrément comprendre en se mettant en travers de votre chemin. Question de tester votre réaction voire votre "combativité". C'était ainsi que nous nous sommes retrouvés une fois dans l'obligation de lui lancer une décharge de chevrotine pour lui faire comprendre qu'il "était allé loin".

Ce jour là, nous avions eu le résultat escompté, le faire fuir et c'était tout ; mais avec une queue toujours dressée vers le ciel ce qui n'était pas un signe de soumission "mayna" .D'ailleurs quelques jours aprés, il nous a mangé un lièvre pris dans un piège. C'était sa revanche.

Cette "introduction", vous parle des rapports étonnants qui se nouent entre l'homme et la faune pour le peu que l'homme se mélange à la nature sauvage. Les observations se multiplient au fil des séjours répétés. C'était ainsi que nous avons découvert "l'emploi du temps" d'une horde de sangliers et leurs "voies de circulation".

A Azro, le crépuscule annonce le réveil des sangliers. A une heure précise et la même tous les jours, les sangliers de notre horde quittent leurs gîtes et dévalent les pentes vers "Amdoune Gakhlifa" où ils étanchent leur soif avant de faire leur toilette en se roulant dans la boue . Puis, ils entament leurs balades nocturnes en empruntant le ravin de Thizi N taka pour se disperser dans "Issoumer", Thissoukyines",,,Le matin, aprés l'aube et aprés que le soleil ait envoyé un ou deux de ses premiers rayons, ils remontent par le même ravin et avec la même formation; deux adultes au devant, les femelles et les jeunes au milieu puis deux derniers adultes fermant la marche.

Ils suivent le même sentier les conduisant à leurs gîtes via "Amdoune Gakhlifa" où ils plongent leurs grouins une dernière fois avant leur longue sieste du jour. C'est ainsi tous les jours et sont réglés comme une horloge.

Voilà un autre exemple que seuls les séjours prolongés à Azro nous font connaître.

Sinon d'autres animaux vous font découvrir l'existence d'autres espéces et sans eux vous les ignorez à vie comme "le lézard géant".

Une espèce de lézard que nous avons nommée ainsi faute d'identification dans les ouvrages. Une fois, nous avons découvert le nid d'un aigle royal qui nous a bien occupé. Nous nous sommes dissimulés en bas du "chemin" du retour des parents pour apercevoir les proies capturées. Nous avons pu observer ainsi les lièvres, les serpents, les oiseaux....acheminés au nid. Un jour, comme nous n'avons pas pu identifier la proie déposée, nous sommes montés auprés de l'aiglon. Nous avons découvert alors un lézard d'une longueur surprenante. Un lézard de presque cinquante centimètres de long! Suprenant lorsque les plus grands que l'on croisait à "Ighzar Méhdhi" ne faisaient pas plus d'une vingtaine de centimètres. Nous l'avions nommé le "lézard géant". " azermémmouy".

 

Revenons à notre sujet du jour le chacal.

Il s'agit de l'animal sauvage qui a marqué le plus la mythologie et la sociologie berbères. Il prend une bonne place dans la culture sociale et plusieurs dictons, proverbes, maximes, fables et histoires s'en réfèrent.

L'intelligence du chacal et sa débrouillardise ont fait oublier à nos ancêtres son côté charognard et opportuniste au point qu'être comparé ou assimilé à un chacal ne dérangeait personne même de nos jours au contraire c'est flateur. Il est l'animal malin et intuitif auquel il est toujours bon de s'identifier même bourré de diableries.

Les histoires le concernant se comptent par centaines pas seulement dans la culture berbère mais aussi africaine en général. Le maître des fables" Jean De Lafontaine" s'en est inspirées mais il les a également copiées. Selon les spécialistes, il s'en est servies des fables glanées chez les matelots berbères embarqués dans les bateaux de commerce et chez les esclaves africains dans les fermes d'Europe. La plupart du temps , il s'est contenté de retranscrire les fables telles quelles en remplaçant uniquement le chacal par un loup ou un renard pour leur donner un caractère europeen; les chacals étant inconnus du sol europeen et de la culture de ses habitants.

La relation liant l'homme kabyle au chacal est étonnante et complexe. Le chacal du kabyle n'est pas qu'un chacal , il est un personnage . Un personnage bavard qui exprime toutes les aspirations, les craintes, les pensées , les malices, les faiblesses et les tabous de ce montagnard.

Il se disait que "le chacal est le point faible du kabyle" et comment?!

Le kabyle s'est trop confié à ses ennemis à travers le chacal.

Le kabyle insinue, s'exprime, se dévoile, dénonce, réclame, se révolte à travers lui !

Il était son confident et son porte-paroles. A travers ce "Ouchéne" , il s'est exhibé à ses ennemis. Il leur a montré ses flancs endurcis et cuirassés mais aussi ceux qui étaient faibles et vulnérables.. Les sociologues coloniaux dans le souci de "démanteler" le farouche kabyle réclacitrant, avaient, tout simplement, lu dans les fables et les histoires sorties de "la bouche" du chacal. Ils avaient trouvé ce qu'il fallait pour démembrer son ossature non seulement individuelle mais aussi familiale et dans un sens plus large villageoise et sociale.

Ils nous ont "étudiés" avant que leurs armées mettent pieds sur le littoral algérien. Ils ont compris nos rapports avec le pouvoir turc à travers la relation du chacal des fables avec le lion. Tantôt le kabyle s'y frotte tantôt il le nargue jusqu'à lui faire la guerre rêvant de lui prendre sa place exactement comme dans les fables. Le chacal n'a jamais admis la domination du lion comme le kabyle, insoumis, qui n'a jamais admis la domination des turcs ou de leurs prédécisseurs et plus tard celle des colons français. Il est comme le chacal épris de liberté et n'aimant pas le pouvoir dominateur. Le kabyle préfére toujours au Présient ou au Roi, l'autorité morale d'un Matoub Lounés avec sa mandoline ou, bien avant, celle d' un Colonel Amirouche, ancien chauffeur de Taxi à Paris, dormant sous "Thizémrine", ou encore plus loin dans l'histoire celle de Jugurtha, ne s'arrogeant aucune faveur, prêtant son burnous à son soldat lacéré par le froid.

Ce rapport du kabyle avec le pouvoir absolu s'est exprimé même à Takorabt. En 1847, Ahmedh nath mokrane, le père de Mohamedh nath Mokrane-El mokrani- avait envoyé à Takorabt une délégation demandant à nos ancêtres de se rallier à l'armée coloniale qui venait de lui décerner le titre de

"élkhalifa élmédjana" " Le Kalif de Médjana". Ils lui ont répondu par :" Dites leur qu'on les attend avec un couscous noir", allusion à la poudre " élvaroudh". La suite, le maréchal Bugeaud l'a inscrite avec le sang de nos ancêtres sur les flancs de "Azro Ouâlloul" en mai 1847 mais l'histoire, qui ne laisse place qu'aux braves, l'a réinscrite avec de l'or.

Le même couscous noir était servi par les Ath âbbas à un certain él-Amir abdelkader lorsqu'il leur a demandé de se placer sous sa bannière et lui reconnaître son autorité de "él Amir". Ce pauvre individu n'avait pas appris que le pouvoir chez les kabyles se limite à une Chefferie Partagée qui n'a laissé aucune place à la royauté ou la suprématie d'un seul homme. Massinissa , lui même, n'avait de Aguéllidh que le titre. Il n' avait jamais asservi son peuple pour lui construire un chateau doré.

 Les colons en ont eu pour leur grade des années plus tard. Que serait la guerre d'indépendance sans le kabyle tel un chacal refusant absolument la domination?!

 L'homme kabyle a appris du chacal à ne pas s'incliner devant un orde qui n'est pas le sien. C'est ainsi qu'à travers "Ouchéne" se sont exprimées les subtilités de sa pensée, tant dans ses rapports avec lui même et les siens qu'avec les étrangers et ses ennemis.

Loin du sens péjoratif , le kabyle est un chacal. Il se contente de sa débrouillardise pour se suffire à lui même nargant les mendiants et les lèche-bottes . Il aime sa montagne; insuffisante pour le mettre définitivement à l'abri du besoin mais largement suffisante pour lui garder sa fierté et son indépendance. Il aime voir le chacal, beau et fier, toisant le monde de son regard depuis sa colline dominante. Il se voit à sa place, en haut, dans son burnous ,accoudé à son fusil et humant l'air frais de la liberté. Pensez vous à la chanson d'Oulahlou "Ouchéne édh wéydhi"?

Mais, il y a mais!!

Nos ancêtres, loin d'être arrogants, reconnaissent leurs faiblesses à travers toujours l'animal qui exprime leurs forces! "érray gouchéne" n'est pas la potion magique pour solutionner tous les problémes rencontrés. Tout l'art de la pensée kabyle est dans l'appel aux idées alternatives et novatrices parcequ'il est nécessaire de ne pas se murer dans des idées figées par l'absolu. La vie étant en mouvement et la souplesse est de mise pour le bien de la démocratie villageoise kabyle à la recherche permanente d'un consensus pour le bien de la communauté. Ouchéne se révéle alors "idiot" voire "abruti" commettant des erreurs d'où le proverbe" érray gouchéne iwouchéne , érray goumdhane iwémdhane" l'avis du chacal pour le chacal, l'avis de l'homme pour l'homme", une façon de se démarquer des erreurs du chacal ou le proverbe " éray gouchéne iwéchéme" , "l'avis du chacal brûle", qui se dit d'un mauvais chemin suivi.

C'est ainsi que l'assurance de l'homme kabyle- grande soit-elle- doit être empreinte de modestie. Le kabyle se doit de chasser l'orgueil du chacal. Il doit s'ouvrire aux siens et écouter leurs conseils pour élargir l'horizon de sa pensée. Nos ancêtres invitent, alors, à entrer en scéne , un autre personnage des fables, dont la sagesse évoque celle de "Amghar Azémli"; l'hérisson. Une sorte de contre pouvoir à travers lequel l'homme kabyle trouve l'équilibre de l'opinion. Il conçoit alors, son idée, dans l'équilibre entre la malice du chacal et la sagesse de l'hérisson.

Dans la culture berbère l'hérisson vole la vedette au chacal. Dans toutes les fables où ce duo joue , l'intelligence du chacal s'arrête à celle de l'hérisson.

Il y a une fable où le chacal a voulu se débarrasser de ce réval génant mais il a perdu la manche une fois de plus.

Un jour le lion, roi de la forêt, est tombé malade sans aucun remède. Le chacal à son chevet lui a conseillé le sang de l'hérisson. Averti, l'hérisson, a confirmé les faits à son roi mais en ajoutant que son sang ne serait efficace que mélangé avec la cervelle du chacal. Le chacal est alors exécuté pour se faire retirer la cervelle. Le hérisson a fait couler un peu de sang en entaillant son doigt échappant ainsi au sort que lui a réservé la malice du chacal.

Une autre fable dans le même sens, raconte que le chacal s'est vantait devant l'hérisson d'avoir appris plus de cent subterfuges pour se tirer d'affaires "Mya Thhila" .L'hérisson lui a répondu qu'il en avait qu'un demi "azguéne kan". Un jour, la faim a réuni les deux faux amis dans le but de se trouver de la nourriture. Leur quête les a conduits dans une maison puis dans un " Akoufi" géant. Ils passérent par dessus et mangérent de la viande séche " achédhlouh" toute la nuit. A l'aube, il se retrouvérent au fond de "Akoufi". Il commencérent à réfléchir à un subterfuge pour y sortir. L'hérisson proposa alors de se mettre sur la tête de son ami. Celui-ci en s'allongeant, lui permettra d'atteindre la sortie. C'était ainsi que l'hérisson avait gagné sa liberté. Une fois en haut de "Akoufi" , le chacal lui a demandé de l'aider à son tour. L'hérisson lui a répondu ;" Je viens de te faire la démonstration de mon demi-subterfuge, toi qui en as cent, tu peux t'en passer de mon aide, au revoir!".

Nos ancêtres avaient jugé nécessaire la création d'un contre pouvoir aux idées portées par un seul "individu" ,le chacal. L'hérisson étant un personnage assurant la diversité d'opinions. "Thajmaâth" s'exprime à travers non pas la voix mais les voix de tous les habitants de thadarthe. La même reflexion était calquée sur l'exercice du pouvoir et l'autorité. C'est La Démocratie Kabyle.

 

Voyez vous qu'on a même pas entamé notre récit sur les trois acteurs principaux que le chacal nous a déja parlé de pleine choses, c'est normal comme dit le proverbe kabyle " Là où il y a un chacal, il y a quelque chose à glaner". "andha yella wouchéne yella ousmaghzéz".

Aussi cette idée de l'hérisson surpassant le chacal était née du fait que ce dernier, dans la nature, ne s'attaquait pas à l'hérisson bien protégé dans sa carapace piquante. Mais les observations "wezrawistes" nous permettent d'affirmer le contraire. Certains chacals "expérimentés" leur urinent dessus. Suffoqués, les malheureux hérissons décampent de leurs poches protectrices s'exposant ainsi aux griffes de leurs prédateurs. La même "technique" est employé par le renard.

Avant de passer à notre trio, nous parlons d'abord du chacal en tant qu'animal et sa provenance.

Celui que nous connaissons chez nous vient du fin fond de l'histoire. Autrement dit, il a posé son regard sur nos terres bien avant nos ancêtres. La culture berbère lui reconnaît cette ancienneté dans une autre fable qui dit que Dieu avait appelé d'abord le chacal pour lui montrer les montagnes, les plaines, le ciel, les étoiles ...qu'il a créés avant de les montrer aux hommes!

Effectivement, les études scientifiques le confirment. Il a posé sa patte sur le sol africain avant que l'homme y pose son empreinte. Il nous vient d'une espéce de canidé partie de l'Amérique du Nord il y a 35 millions d'années. Respect Monsieur chacal.

Des trois espèces de chacal connues, celle qui fréquente nos montagnes est le chacal commun ou le chacal doré. Plus exactement une sous espèces connue sous le nom de Canis Aureus Algirensis.

Son nom latin canis-aures -chacal doré- laisse à supposer qu'il serait de couleur dorée, en réalité il est plutôt roux avec plus ou moins de traces noirâtres sur les flancs en fonction des périodes chaudes ou froides car, l'hiver par exemple, sa fourrure s'épaissit pour mieu le protéger du froid et prend alors une teinte argentée virant vers le noir. N'importe laquelles de ces nuances de couleurs, le fait fondre dans le paysage le rendant indétectable même à trés courtes distances. Sans un chien pour le débusquer, les yeux du berger, même aiguisés, ne lui servent à rien devant sa détermination à s'emparer d'un jeune chevreau.

Il peut vivre jusqu'à 15 ans. Sa taille est semblable à celle du Coyote et son poids est au maximum de 15 kilos. Moins grand qu'un loup mais certains spécimens donnent l'apparence des loups lorsqu'il atteignent les quinze kilos sous leurs fourrures touffues d'hiver. Les kabyles appellent ce grand chacal : "Ouchéne Aouéssour" ou "Ouchay".

Le chacal a une vie sociale hiérarchisée avec des codes gestuels de soumission, un langage sonore et des marquages olfactifs. Il est parmi les rares mammifères à vivre en couple monogame stable.

La gestation dure en moyenne deux mois. Il a de 2 à 6 petits par portée.

Les parents sont très attentifs aux soins des petits. Ils sont allaités pendant 8 semaines puis nourris avec de la viande régurgitée pendant deux mois. Il n'est pas rare que des chacals jouent les grands-parents en aidant à l'éducation des enfants de leurs propres enfants. Père chacal ou Grand-père chacal est un excellent père, courageux et ne mérite pas sa mauvaise réputation.

Le chacal est doué d'une vue et surtout d'un odorat très performant. Des chercheurs russes avaient découvert cette qualité olfactive exceptionnelle au début des années soixantes. Cette découverte était frappée du "Secret Défense" durant toute la guerre froide. Une espéce nouvelle était conçue à partir des croisements. Trente ans étaient nécessaires pour réunir l'excellent odorat du chacal dans une nouvelle espéce docile débarrassée de tout caractère sauvage. Le résultat est un chien de petite taille , une sorte de chacal "miniature" se négociant de nos jours en plein période d'attentats terroristes et de trafics de drogues à plus de vingt mille euros "pièce" et castrée(!) pour éviter de la faire se reproduire.

Voilà ce que j'ai glané de notre chacal. Maintennant, nous nous intéressant à sa vie dans notre montagne d'Azro où il est une légende vivante.

Le chacal blanc- Ouchéne améllal-

Il s'agit d'un chacal qui a marqué les esprits vers les années soixante peut être plus loin. Evidemment, je ne l'ai pas connu mais son mystère m'est arrivé car il ne manquait jamais d'agrémenter les soirées à Azro n Gaga. Il se disait qu'une période était marquée par la présence d'un chacal tout blanc avec des yeux rouges. D'autres personnes ne l'ont pas identifié autant que tel mais comme un animal mystérieux difficile à classer. D'autres l'ont couvert de mystères allant de "tharohanith" passant par " aâssasse" voir même "adjéniw".

Son territoire était les deux mamelons de Azro Améchtoh.

Cette histoire de "territorialité" chez les chacals mérite plus d' éclaircissement. Comme les loups, les chacals se réservent un territoire soit en couple ou en solitaire. Un territoire nourricier qu'ils doivent défendre de l'intrusion de leurs congénères et de leurs cousins les renards. Ce n'est pas rare que des cambats sanglants s'engagent entre deux chacals rivaux se terminant par des blessures graves voire même mortelles pour l'un d'eux ou les deux à la fois.

Le chacal dispose alors son urine sur les frontières de son territoire pour rappeler aux autres "frères" qu'ils doivent rebrousser chemin.

Ce constat nous l'avons fait nous même. Ainsi le territoire de thizintaka, thissoukiyine, thigerthe....posséde un chacal que l'on nomme "Amézdhagh". " l'habitant ".

Le territoire du chacal blanc étant à l'époque les deux mamelons d'azro Améchtoh.

Il a marqué les esprits de par sa couleur blanche et ses yeux rouges mais aussi d'un mythe qui lui a été alloué :" il parle".

Des témoignages avaient fait circuler cette idée!

Un jour un tireur d'élite du village sachant manier le fusil en la personne de Dada Daî Wéchtotah"Félass laâfou", a voulu en finir avec ce chacal qui répandait la superstition au village. Avant que l'on disait de lui qu'il parlait, sa couleur blanche et ses yeux rouges hantaient les esprits de toutes sortes de choses pour finir par répandre la peur dans le village. Il se disait même que celui qui entendrait son hurlement deviendrait sourd! De quoi vivait-on sans le bois, les figues, les olives ...d'Azro?!. Alors ce chasseur notoire a voulu en finir avec ce chacal. Il le guetta disait-on un hiver entier, bravant le froid et la neige mais sans succés. Comme si le chacal blanc avait deviné ses intentions. Mais au dernier jour, il se présenta à la portée de son fusil. Il le visa et le fit tomber.

 l courut, ensuite, auprés de lui pour l'achever. Arrivé à sa hauteur, le chacal s'est redressé et lui a parlé en usant de ces termes; " Tu m'as tiré dessus alors que je ne t'ai rien fait". " Dhachou ik khadhmagh imi idawthédh". Le chasseur n'avait pas donné suite à sa mésaventure car il avait perdu connaissance sur place Depuis ce jour là, il a posé son fusil et ne l'a plus touché. Le chacal blanc , lui, avait continué à hanter les villageois qui devait lire" élfatiha" quand ils le voyaient des années durant.

D'aprés tout ce que nous avons glané des récits le concernant, nous concluons que son existence était possible. Il est fort probable qu'il soit un chacal albinos à l'exemple des loups, des lions, des tigres ....qui naissent blonds. Ses yeux rouges attesteraient des faits car, la dépigmentation les toucherait aussi. La rareté de ce phénomène l'aurait fait passer aux yeux des gens pour une créature mystèrieuse.

Voilà alors le mythe de "Ouchéne améllal".

Puis nous passons aux deux chacals restants. "Thabahbouhthe et Voukerssaâne" Ces deux là, je les ai connus et ils étaient devenus à leur époque les incoutournables des nuits à Azro. Leur époque était les années quatre vingt dix.

La première partie de ces années était marquée par une chacale, une femelle, surnommée "Thabahbouhthe". Les chasseurs de "lémbath" l'ont trés bien connue car, la chasse aux grives "imerga" de "lémbath" se concentrait essentiellement sur son territoire qui était le même que le chacal blanc ci-dessus ; les deux mamelons d'Azro Améchtoh.

Lorsqu'elle hurlait, elle renvoyait un son gutural et profond comme une personne ayant une voix rauque. Le son dégagé, hérissait les cheveux de celui qui l'entendait. Djamél iouchikhéne avait résumé ce sentiment en ces termes:" Je me trouvais dans ma hutte "Thaâchiwthe" à guetter la montée des grives "Imerga". Elle s'est approchée de moi furtivement comme un fantôme et m'a soufflé dans les oreilles ce son terrible. Mes cheveux bouclés comme la laine d'un agneau "izimer" se sont redressés, raides, comme un chinois , c'est dire qu'elle avait une voix terrifiante".

C'était ce son qui lui a valu le surnom de "thabahbouhthe".

Au départ, elle avait compris le profit qu'elle pouvait tirer de la chasse des grives de "lémbath", alors elle se tapissait dans les herbes guettant la chute d'un oiseau pour n'en faire qu'une seule bouchée. Par la suite, elle avait fini par se glisser furtivement entre les rangs des chasseurs pour leur disputer directement leurs proies. Avec le temps, elle avait quelque peu perdu sa crainte de l'homme et poussait l'audace jusqu'à aller "renifler" les vêtements de ceux qui s'allongeaient dans les huttes, "Thiâchiwine nélambath".

C'était ainsi qu'elle avait appris à côtoyer les hommes et en faire des sympathisants. Elle était devenue la coqueluche des wézrawistes au point qu'ils s'échangeaient ses nouvelles. " Qui l'a aperçue? Où? que faisait -elle? ....Est-ce qu'elle va bien?.... "

Elle avait l'habitude de mettre bas à Thiqentarth au début du printemps. Il n'était pas rare de l'apercevoir avec sa progéniture qu'elle faisait boire à Amdoune Guakhlifa. Toute la beauté était de la voir à l'arrivée se tenir comme une lionne sur un rocher ou se faufiler entre les pins "Thyyédhwine" faisant s'exprimer toute la sauvagerie d'Azro.

Au combien de fois, nous a-t-elle reçus et souhaités au revoir de son hurlement que nous avons fini par traduire comme une voix accueillante et élégante.

Sa trace a été perdue durant l'hiver quatre vingt seize. Nous croyons que l'âge l'avait emporté répandant son âme dans les collines d'Azro N gaga. Cette période nous l'avons nommée "ézmane nétbahbouhthe".

Puis arrive le temps de " Pattes Blanches".

Son histoire était aussi une question de "territorialité".

Nous avons fait "connaissance" , l'automne quatre vingt dix sept. Un séjour totalisant vingt sept jours à Thizi n Taka nous a fait se disputer le territoire à cet "habitant" même les proies car, la chasse aux lièvres et aux perdrix était à l'origine de notre "exil" à Azro N Gaga. Bons chasseurs, nous réunissons deux lièvres et une perdrix par jour. C'est dire que la marmite n'avait pas chômée. "Thézga thlough Théchouyth".

Comme "thabahbouhthe" l'habitude de voir les hommes lui a fait perdre quelque peu sa crainte. Aussi , l'absence des chiens l'a mis en confiance. Des vrais chiens de chasse "professionnels" nous n'en avions pas alors les "chiens amateurs" ce n'était pas la peine car ils nous faisaient perdre les proies plus qu'autre chose voire même qu'ils se faisaient prendre dans nos propres pièges!

Tout cela, a fait qu'un chacal avait pris l'habitute de pointer le bout de son museau et de plus en plus prêt pour finir par nous subtiliser les contenus de la marmite!

Nous l'avions appelé "voukarsaâne iméllaléne" , en raison d'une couleur blanche tapissant ses pattes de devant. Lorsqu'il se dressait sur une colline face au soleil, elles brillaient d'une couleur argentée et luisante. Il était d'une beauté et d'une élégance remarquables. Il possédait l'agilité et la souplesse de thabahbouhthe. Ses déplacements furtifs le faisait paraître comme un fantôme. C'était ainsi que nous l'apercevions sur une dizaine de collines en un seul aprés-midi. Il était le maître de Thizi n Taka et nous l'a fait savoir dès la première nuit. Et comment?

Qui dit chasseurs à azro , dit piéges!

Nous avions l'habitude de planter des pièges sur les chemins et les endroits fréquentés par les lièvres et les perdrix. Nous faisions ventre d'un peu de viande( chose rare au pays), en plus du gibier, de la vraie viande aux parfums de "Amézir et Thafouzélt".

Alors , lors de la première nuit de chasse, un lièvre était pris. Mais, au matin, dudit lièvre, nous n'avions trouvé qu'une seule cuisse encore accrochée au piège. Le restant ayant disparu. Nous n'avions pas tardé à deviner le coupable car il s'est régalé sur place en apposant sa signature; ses griffes étaient nettement visibles sur le sol. Pour ne pas accuser injustement celui que vous devinez tous, nous avons poussé un peu l'enquête. C'était ainsi qu'une autre preuve irréfutable avait fait son apparition. Sur la cuisse laissée sur le piège, un poil épais n'appartenant pas aux lièvres. Il s'agissait d'un poil long et épais dont seul le museau d'un chacal était porteur. Autrement dit notre chacal avait signé son crime de sa "moustache". Justement, la territorialité, comme dernière pièce à conviction, nous a désigné le chacal coupable; c'était :"Pattes Blanches"!

Un dilemme s'est posé alors aux chasseurs que nous étions. Comme partout dans ces moments d'arbitrage; notre clan s'est scindée en deux . Des opposants et Des partisans de "pattes blanches".

Heureusement, le conseil d'un grand chasseur notoirement connu nous est venu en aide.

Il s'agissait de "âmmi élârvi Goulhouri". Un chasseur de Ath Sradj, connu des wezrawistes, nous a rendu visite dans notre campement. Il était de ces personnes que l'on ne trouve plus de nos jours. "Ouzzal aqdhime" , "Du fer ancien" . De ces personnes qui ont gardé sous la peau une vraie âme berbère, une âme pure comme celle de nos lointains ancêtres. De ces personnes épargnées par les impurtés de la civilisation. Celui qui souhaite voir s'exprimer ses aieux n'a qu'avoir à travers eux. Leurs langages gestuels et orals sont exceptionnels pour ne pas avoir été contaminés par le nouveau monde.

Ammi él ârvi Goulhouri était de ceux là, zikéni dans tous ses habilles et; en chaire et en os.

Il n'y avait rien à faire. Nos horloges se sont arrêtées pour braquer leurs aiguilles sur ce qu'il allait débiter de sa bouche avec cet accent kabyle de la montagne d'Azo et ses collines car, il en a pas connues d'autres. Ce coin était le décor du théatre de sa vie et il en avait joué des pièces!

Aprés avoir attelé son cheval , une belle monture au passage, il s'est allongé sur "thiléguith" de notre "thakhamt". Nous lui avons servi une première tasse de thé avec laquelle il nous a fait partager la joie de sa trouvaille. Il avait déniché un beau cheval. Un vrai barbe. De la pure race berbère. C'était la première fois que nous entendions parler d'un cheval de chez nous. Qui nous parlera d'un cheval barbe à par un type d'Ath Sradj!. Ils en ont eu toujours et pour toujours. Habiles au maniement de la bride, jadis, on disait d'eux que leurs mères les mettaient au monde sur les dos des chevaux.

Par la suite, j'en ai appris de ce fameux Barbe. Un cheval unique au monde ayant une vertèbre dorsale en moins. Compact et agile, il est infatigable et plus résistant que n'importe quelle monture au monde. Il est à l'origine du pur-sang anglais et du mustang des indiens d'Amérique. Les Ath abbés avait instauré l'obligation pour chaque village d'entretenir une dizaine de barbes. Des imnayéne étaient mobilisables à tout moment contre les attaques surprises des envahisseurs. Une sorte de force de frappe trés mobile capable de porter secours à un village attaqué en un rien de temps. "Amnay Fégmar" n'était pas un luxe mais une nécessité. A l'époque où les plaines de "él vardj" faisaient partie intégrante du territoire des Ath Abbés, des fantasias étaient régulièrement organisées où les imnayéne testaient leur agilité. Il ne nous reste rien de cette époque chevaleresque. Même la fantasia, les arabes nous l'ont volée pour l'intégrer dans leur soit disant patrimoine. Alors qu'elle est berbère de l'époque ou la Cavalerie Numide pavoisait avec les glaives sur le sol de la berbèrie. Heureusement yélla âmmi élârvi. Il était fier de sa monture et la toisait d'un bonheur frôlant l'ivresse.

La deuxième tasse de thé était servie. C'était la tasse du tableau de chasse. Le voilà, sur les traces de sa jeunesse quand il disputait les prises à la sauvagerie des lieux. Il nous a rappelé dans des mots à lui le jour où il avait mis la main sur une hyène qui a manqué de peu de le dévorer. Intarrissable, d'une histoire à l'autre, d'un conte à l'autre jusqu'à ce que la sièste l'invite à somnoler.

Au réveil, nous lui avons tendu une troisème tasse de thé avec comme accompagnement "azray" le "crime de Pattes blanches". Comme nous l'avions attendu . Ce type avait plus d'un tour dans sa besace. A croire les fables, il est l'hérisson face au chacal. La solution était toute simple. Celle qui a fait renaître l'éspoir dans la marmite sans s'en prendre à pattes blanches. Ammi él ârvi nous a demandé d'accrocher des sacs blancs aux chaînes qui servaient d'attache à nos pièges. Enterrés avec les chaînes, au moindre mouvement sur les pièges , ils se déterreront. Fonctionnant comme une voile, le chacal , intuitif et méfiant, n'osera pas s'y approcher.

Le soir même la solution était testée et le lendemain la marmite pleureuse était devenue joyeuse avec deux belles prises. Délicieusement, deux bons lièvres nous ont "invité" à festoyer. Croyez moi que nous avons répondu à leur invitation avec tous les honneurs que mérite une table dressée à Azro n Gaga.

C'était ainsi que nous nous sommes régalés de nos prises des jours durant. Pattes Blanches se contentait de nous suivre d'arbre en arbre à bonne distance, " yélla gawal" comme un chacal!

Mais il n'était pas de ceux qui déposaient les armes facilement. Nous nous sommes trompés à son sujet, d'ailleurs même âmmi él ârvi. Nous avons oublié pour un temps qu'il était un chacal. Une nuit, amené par son courage, il a découvert la supercherie de nos sacs. Il s'est régalé comme la première fois.

Dépourvus de solution et nous ne voulions aucunement le "corriger", nous nous sommes décidés à vailler sur nos pièges toutes les nuits. Nous accrochions aux chaînes des boîtes de conserves vides. A leur retentissement , nous courions chercher les prises. Parfois le passage d'un sanglier ou le fameux "anzi" nous faisait revenir bredouille. A la chasse, on gagne pas à tous les coups.

Puis un jour a sonné le glas de notre séjour à Azro n Gaga!

Un matin, "vitchanzou" - le surnom de îssa ouvesî-, avait découvert qu'un chacal s'est coincé la patte dans l'un de nos pièges. Cétait chose rare car d'habitute, les chacals flairaient leur présence sur les sentiers. Attentifs au moindre changement sur leurs chemins, ils employaient leurs truffes sensibles pour déceler l'odeur du fer. C'étai ainsi que nous relevions les traces de leurs bonds au dessus des clôtures juste à côté des pièges.

Mais cette matinée, une jeune chacale, sans doute manquant d'expérience , s'était coincée la patte. C'était là que nous avons découvert tout l'attachement du chacal à sa liberté. Elle s'en est allée jusqu'à tenter une auto-amputation. Elle s'est rangée la pattes coincée jusqu'à ce qu'elle ne soit retenue que par sa corde ligamentaire. Toute la jambe était perdue. Face au spéctacle désolant nous nous sommes résignés à abréger ses souffrances. De toute façon, elle ne se remettrait jamais. Même libérée, elle ne surviverait pas une demi-journée de plus.

Malgré sa blessure grave, l'approche était difficile. Luttant avec l'énergie du deséspoir, elle chargeait comme un sanglier. Se faire prendre par ses crocs était, carrément, risqué la mort.

Elle nous a fait un cours magistral de l'amour de la liberté avant de succomber à une attaque non sans risque pour son auteur. Vitchanzou avait tenté le tout pour le tout en se jetant dans l'arène avec un grand bâton. Heureusement, pour lui que la précision du coup porté à la tête avait eu raison de la bête dont la sauvagerie n'avait aucun égal.

La vue de sa dépouille accrochée à un arbre devant notre campement avait fait de nous des trappeurs sanguinaires à l'exemple de l'homme blanc lors de son débarquement en Amérique du Nord. Nous nous sommes soulagés d'un mal jugé nécessaire mais il en était pas fini de cette journée!

Une grande peine nous a été infligée par Pattes Blanches.Toute la nuit, Il avait émis des jappements puissants, aigus et plaintifs. Il était endeuilli par la disparition de celle qui devait être sa promise. Il hurlait sa douleur d'un son qui pénétrait les chaires rendant les âmes insensibles sensibles. Il avait le coeur meurtri du sort réservé à sa dulcinée. Que pouvions nous faire pour le consoler à par partager sa peine? Nous l'avions laissé s'approcher autant de fois qu'il voulait pour s'incliner devant celle qui était l'élue de son coeur. Ses jappements étaient des larmes et ses silences des recueillements. Quel désastre!

Aprés cette nuit cauchemardesque, il n'avait pas été nécessaire de fixer une heure de départ. Au bon matin les ânes étaient déja chargés de toutes nos affaires. Nous regagnons le village avec la peine de pattes blanches dans nos coeurs.

Des mois avaient passé avant que nous retrouvions le courage de nous rendre une nouvelle fois à Azro n Gaga. Nous nous sommes attelés, avant tout, à prendre les nouvelles de pattes blanches. Nous avions espéré l'apercevoir pour s'assurer de sa remise en forme aprés ce que nous lui avons infligé.

Nous nous sommes mis à guetter son apparition du haut d'une colline à Thizi n taka. Nous avions prévu un bon pique-nique pour nous faire oublier l'ennui de l'attente.

Ce petit con de pattes blanches nous a tenu en haleine toute la journée pour ne se montrer qu'au coucher du soleil. Sans vouloir remancer sa réapparition, il était là et en forme. Comme un gosse espiègle, il s'amusait à courir derrière les petits lézards "Thizérmémouyine". Il faisait de ces têtes de petits chiots qui faisaient craquer les enfants. Il enchainait les petits sauts tantôt vers l'avant , tantôt vers l'arrière pour finir par tourner sur lui même cherchant aprés sa queue. Toute cette grâce exprimée dans ses mouvements donnait l'envie de jouer avec. Il était beau notre pattes blanches et sûrement bon séducteur car, aprés ses espiègleries, il était rejoint par une nouvelle copine. L'affection qu'il lui avait exprimé laissait dire qu'elle était une chacale ,sa nouvelle dulcinée. Cette bonne nouvelle nous a fait oublié le mal que nous lui avons infligé. Nous l'avions vécu comme une réconciliation avec la nature.

 

La dernière fois que j'ai aperçu "voukarsaâne iméllaléne" remonte au début mars quatre vint dix neuf. Mes copins wezrawistes avaient continué à le croiser pour perdre sa trace à l'hiver 2004. L'âge l'a fait, sûrement, conduire devant Thabahbouhthe et le chacal blanc pour que leurs âmes hantent, pour l'éternité, le rocher d'Azro N Gaga.

 

Cette immersion sentimentale dans le coeur de la faune sauvage a eu raison de mes ardeurs de chasseur. Elle m'avait permis la navigation à travers le ressenti des animaux pour ne plus les voir comme des objets décoratifs mais des êtres comme nous avec un passé, un présent et un futur. C'était plus que ce que l'on m'avait appris. Avec ma bande de wézrawistes l'amour de la nature était une institution cependant l'initiation passait par la chasse. Même si nous n'avions jamais tué pour le plaisir celà ne nous a pas empêché de commettre des erreurs. Grâce à des rencontres avec des "individus" comme pattes blanches, nos instints de "prédateurs" se sont étouffés pour développer des envies de conservation. "Thalla hammou" la fontaine Hammou" et " Thalla Goufrokh" la fontaine de L'oiseau que Jamèl et d'autres avait réabilitées était un projet pour répondre au manque d'eau dans les périodes estivales. Ainsi les oiseaux, les chacals, les renards,les mangoustes... ont trouvé un moyen pour échapper à la soif. Une boîte à pharmacie fait désormais partie du décor de nos campements pour soigner les animaux.

Ainsi une renarde avait bénéficié de "édwa thazougaghth et un bandage" pour lui réparer une blessure. Une genette avait bénéficié des mêmes soins. Une vipère nord africaine avait eu la vie sauve alors que d'ordinaire un coup de pierre aurait fait son travail. Cette créature aurait pu me laisser sur place car, je l'ai enjambée sans la voir. Rafik ikadouréne a failli perdre connaissance en croyant qu'elle m'avait "frappé". J'ai pu bondir à tant pour me mettre à bonne distance. Un serpent rare à observer, possédant des cornes sur la tête exactement comme la vipère du désert et que les anciens nomment "Thichélte". Nous l'avions laissée vivre et comment?! nous sommes chez elle et non l'inverse.

Tout celà a le mérite de donner à réfléchir.

Dans le passé de thadarth; une rupture brusque et nette s'est produite entre les habitants et la nature aprés que les eaux usées de Ighil-ali nous ont "encerclés". Du jour au lendemain plus de jardins ni d'arbres fruitiers à Thassifth. Plus d'enfants pour se baigner dans des eaux autrefois potables, propres et limpides comme du cristal. "Ammane thassifth nélla én thassithéne" le regrettent nos vieux. Plus de femme pour laver "ihémbléne" à thassifth ou à thaâwinte pour les faire sécher sur azrar noussamer nath âmar. Il ne nous reste que la nostalgie de ces jours heureux et "propres".

Pour couronner la catastrophe thadarth a remis son destin à l'amateurisme pour se faire s'assainir des eaux usées. Sans aucune étude d'ingénieurie, ni d'hydraucité, ni de biologie, ni d'écologie, ni sanitaire...rien, nada. Des travaux publics de "Kouar wa âti élaâwar" "roules et files à l'aveugle!!!"de cette Algérie qui ne sait pas où elle va. Par tout sur son territoire, la régle est la même. Des tranchées puis des égouts qui se déversent dans les berceaux de ses enfants. On ....(pour ne pas être vulgaire) dans l'assiette où nous mangeons. Chaque mètres carrés du pays est habité par des sacs et des bouteilles en plastique. Nous nous comportons comme si nous avions un autre pays où s'y rendre une fois que celui que nous avons ait été rendu inhabitable.

La malheureuse Takorabt en fait partie du cortége des villages et des villes qui se transforment peu à peu à des déchetteries à ciel ouvert.

Autre fois, la croyance berbère faisait dire de la cataracte qui touche l'oeil que la fontaine du village était polluée. La cataracte se nomme "Ithri" l'étoile. Les étoiles étant des petits diables dans la mythologie berbère. Rappelez vous qu'à la vue d'une étoile filante vos mères vous damandent de dire "aléf aléf armiyataléf" , pour espérer la disparition d'autant de diables avant qu'ils tombent sur terre. Alors la personne touchée par la cataracte se traduisait par la chute d'une étoile dans son oeil et en paralléle dans l'oeil de la fontaine du village qui était "thit ganzar", l'oeil de notre Boeuf le dieu Anzar. La personne touchée se devait alors de nettoyer une fontaine salle pour guérir de sa cataracte. Cette croyance, mythologique soit-elle avait pour mérite de sauvegarder les fontaines saines d'une eau potable et cristalline.

 De nos jours en plus de l'absence d'une étude sanitaire sur les risques encourus par Takorabt, la majorité de nous ignore ou veut ignorer les vrais risques. En fait, on ne doit plus parler de risques car les conséquences néfastes sont déja là et depuis longtemps. Un médecin connaissant bien le problème m'a fait partager sa crainte. Déja des décés inexpliqués frappants des personnes fragiles sont directement liés à la pollution de notre environnement proche, sans compter les cas de maladies respiratoires, des allergies, des maladies cutanées, des infections gastro-intestinales, des cas de méningites, des infections oculaires....etc. Où un bébé dort à takorabt, il n'est qu'à moins de 500 métres d'une bouche d'égout se déversant directement dans la nature. Ne vous vous affollez pas , le constat est le même dans toute l'Algérie. La république "des inconsciences imbéciles" où l'enfant est condamné dès sa naissance.

 D'aprés ce que je sais, deux sortes de pollution empéchent thadarth de retrouver sa splendeur passée; le plastique et les rejets des égouts. La première; même si le recyclage du plastique reste rare en Algérie, sa collecte et son stockage dans un lieu adapté en attendant "l'émergence d'une conscience politique" peut se faire à moindre frais pour le moins que les habitants soient sensibilisés. Ainsi nous évitons des contaminations en tous genres pour nous et les générations futures. Nous devons en finir avec des semelles de chaussures, des pneus, des sacs et des ustensiles en plastique qui offrent des spéctacles de désolation. Rappellons que même si aucune étude sanitaire n'a été menée la multiplication des décès liés au cancer inquiéte tous les ésprits.

Concernant les rejets des égouts, le probléme se présente plus complexe dû à l'amateurisme de sa conception. Logiquement, la collecte se veut étanche et en connexion avec plusieurs villages pour finir dans une station d'épuaration "de rêve" avant Assif aâbés.

Permettez moi de poser la question autrement. Le village en avait-il vraiment besoin? Dans certains quartiers "touffus" , le manque de place aurait nécessité une solution technique plus adaptée. Mais l'architecture du village dans son ensemble offre la possibilité de l'emploi des fosses septiques et d'une manière saine et efficace pour le peu que l'on sache les mettre en oeuvre.

Je vis dans un village de France où la veine écologique des habitants a empêché la mis en place de l'assainissement collectif même avec une station d'épuration et il m'ont appris que la nature se suffit à elle même si l'on sait s'y prendre.

Les fosses séptiques fonctionnent à la méthode dite canadienne. Ce qui ressemble à nos fosses traditionnelle du village avec un drainage plus efficace. Les fosses sont vidées des particules lourds au moyen de simples pompes par les agriculteur chaque trois ou quatre ans voire dix ans en fonction de leurs grandeurs. Ils déversent les résidus déja transformés en compost par les actions bactériennes, dans les champs pour faire pousser le blé, l'orge , le maîs...

J'ai exposé notre probléme à un ingénieur et le verdict était sans appel. Nous étions à côté de la plaque. Déja, comme c'était évoqué, quatre vingt pour cent des villageois ont assez d'éspaces pour se suffir des fosses septiques. La nature du sol permet un drainage plus efficace que le sol argileux du village où j'habite. La disposition de "thachirra" en couches "sandwiches" opére comme un filtre dont aucune station d'épuration moderne soit-elle ne peut égaler. L'eau étant absorbée par une terre semi-désertique, six mois dans l'année, pour le grand bonheur des arbres avoisinants. Nous disposons d'eau usée de "bonne qualité" car contrairement aux pays occidentaux nous utilisons moins de solvants et nous consommons moins de médicaments qui leur sont un casse tête. C'est la grande concentration des eaux usées qui cause probléme.

Ensuite, le compostage naturel qui s'opére dans les fosses produit un aliment de trés bonne qualité pour nos champs. Une technique méconnue par les habitants pour chasser les odeurs dans les sanitaires est l'oxygénation de la fosse au moyen d'un simple tuyau en PVC d'un diamétre de quatre à cinq centimètres. Placé juste au dessus de la fosse et se dressant sur quatre mètres en moyenne. En plus d'avoir le mérite de chasser les mauvaises odeurs, il aère, oxygéne et stimule le processus de décomposition naturel. La fermentation produit un compost nourricier pour nos champs que nous pouvons déplacer avec peu de moyens logistiques, une pompe et une citerne. La boucle est ainsi bouclée sans ravager notre environnement au contraire on l' enrichit!

De toute façon le rapport émanation/pollution sera nettement plus équilibré que "thawaghith g assa".

Est-il normal que la soif irrite les gorges des villageois alors qu' à thassifth des milliers de mètres cubes d'eau filent droit à assif aâbbés sans qu'aucune goute ne soit exploitée?!. Imaginez-vous une eau propre qui coule au pied de notre village nous arrosant de bonheur?. Heureusement "mazal érriva".

En 2004 , j'ai assisté à un forrage fait par une entreprise à "éhmédjidh" vers "él kaf élmaâradh". Des ouvriers étaient venus forrer suite à une étude coloniale qui avait révélé la présence de cuivre. A chaque percée l'eau jaillissait naturellement comme dans un puit artésien. L'ingénieur présent sur place m'a dit qu'il n'avait vu l'eau jaillir de la sorte que rarement. A croire, thadarth est assise sur une gégantesque nappe phréatique. Imaginez vous qu'un projet de grande envergure est lancé pour capter ces eaux avec des réservoires parsemés un peu par tout. Des haies d'amendiers et d'arbres fruitiers arrosées de la technique dite "goute à goute". Des ruches et des abeilles qui butinent à la floraison. Thaâwint couverte par "éstouth" et non "amalouss"..... .

Les romains et les français l'avaient bien compris. Seuls les ouvrages arrivent à avoir raison de l'impitoyabilité de notre pays. Les romains ont chassé la soif à coup de viaducs et les français à coup de technique et nous, on pense pouvoir la chasser à coup de "thighimith". Notre terre aime les projets, les vrais. Vous allez me dire: et l'argent? Je sais mais au moins parlons de ces choses là , discutons et fertilisons notre pensée. Peut être qu'un jour une occasion se présentera pour en faire quelque chose. Ce jour là, on aura déja assez échangé, contrairement au passé, pour en faire un projet viable et efficace.

Peut être à force de parler je me mets à rêver mais je termine par un mot sur les oliviers.

En espagne son déplacement donne lieu, au préalable, à une autorisation. Je parle bien de déplacement car l'abattage est interdit. Dans toute la kabylie, nous construisons nos maisons sur des cimetières d'oliviers alors que sans grande peine nous pourrons leur offir à coup sûr une nouvelle éternité. Allégés de leurs branches , nous pouvons les replanter même de grandes tailles ou dépourvus de grosses racines dans des simples trous. Un arrosage régulier au départ, le temps qu'ils s'enracinent un peu à nouveau et voilà "adhivarékh rabbi". L'expérience était menée deux fois au village et le résultat, deux oliviers grâciés et sauvés de la peine de mort.

Voilà ce que ouchanéne gozro m'ont demandé de vous raconter "souskiâwéw". L'impact de la pollution sur le patrimoine animalier, même s'il n'a jamais été mesuré, doit être également catastrophique. Il y a, sous les plumes et les fourrures des corps fragiles. Pauvre enfant et ......pauvre Dame Nature!!!!

 Arthoufath.

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