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AZRO N GAGA

Partie 2- Le Caroubier au Miel.

Bonjour les amis, Comme promis je poursuis avec vous les récits sur les légendes fantastiques d'Azro N Gaga. Aujourd'hui nous parlerons du jour où Azro N Gaga avait sauvé Takorabt de la famine.

Voici comment!

Un jour , comme toujours, accompagné de mon narrateur préféré Dada Hmacha Wechtotah " Fellas Laâfou".

Il était une vraie mémoire vivante alors je n'hésitais pas à le titiller à chaque fois que l'occasion se présentait pour me parler de "Zikénni". Cet aprés midi là, comme d'habitude ou presque au menu "le passé". Nous étions de ces aprés-midi de printemps," Thimédiyine tefsouyth", si particuliers avec leur climat à la fois doux et chaud. Un tapis "Thagarthilt" à l'ombre d'un olivier et comme décor Azro N Gaga au loin et cela suffisait largement pour déclencher des discussions bien assaisonnées des parfums de "Zikénni".

Ce jour là, il m'a bercé dans un "Il était une fois".

"Am achahou téllém chahou" de l'ancien berbère "Ecoutes le sage tu deviendras sage".

"Alors tu sais mon fils?" ---  avait-t-il commencé son histoire."Enfant, il m'a toujours été raconté qu' un énorme feu s'est déclenché de "Ighzar Mahdhi" (le ravin de méhdhi) et s'est propagé sur Azro N Gaga le faisant disparaître en une seule nuit. Il était couvert d'un tapis végétal plus dense qu'aujourd'hui. C'était une vraie catastrophe pour nos parents. Ils avaient perdu, en un rien de temps, leurs ressources de bois de chauffage et de cuisson, beaucoup de leurs oliviers et arbres fruitiers, leurs terrains de chasse ..etc. Il se racontait que les flammes étaient, tellement, immenses que le ciel de thadarth (Takorabt) était couvert de braises "Thirguine" comme "Azrar". Il se racontait aussi que certaines braises à la taille des pierres, tombaient dans les cours des habitations."--------

Voilà donc une histoire effrayante mais mon narrateur à des ressources pour rebondir sur quelque chose de beau.

Et de continuer:

----Tout cela était arrivé après une année funeste dont les mémoires des grand -mères ne voulaient plus s'en rappeller. Les récoltes étaient mauvaises, les bêtes tombaient malades et les fontaines se tarrissaient. Il y avait tout ce qu'il fallait pour que la famine "Ellaz" s'invite dans les maisons. Alors le temps que Thiméchréte organisée à Sidhi âdhrahmane, avec presque rien, fasse son effet, les habitants devaient redoubler d'imagination et de patience pour passer ces temps difficiles. Il se racontait que "Oumlil " cette terre blanche et argileuse, était bonne pour soulager les douleurs d'estomac. Lorsque le ventre réclamant la nourriture se tordait de douleurs, un bout de terre- pour ainsi dire- suivi d'une gorgée d'eau était salutaire.

 Malheureusement, de jour en jour la situation devenait de plus en plus critique. C'était ainsi qu'une deuxième Thiméchréte fut organisée. Des voix s'étaient élevées pour dire que la première n'avait pas assez de "Ennya"; manquait de sinsérité. Car aucun boeuf n'a été sacrifié. En effet, certaines familles aisées, craignant la ruine, n'avaient consenti à faire don que de quelques maigres provisions. Alors , que de mémoire d'homme aucune "thiméchréte" n'avait manqué de boeuf. "Argaz g asfel dhazgar". "L'homme du sacrifice est le boeuf", dit le proverbe kabyle.

 

Alors, un aprés midi, le village s'est réuni une nouvelle fois à Sidhi âdhrahmane gadda autour d'un boeuf et un seul plat de couscous "Elmethrédh". L'effort consenti pour le boeuf avait appauvri la malheureuse couscoussière "Thaséksoust". Chaque villageois avait pris une seule cuillère de couscous et un maigre bout de viande, pas plus, et les plus résistants avaient laissé leurs parts aux plus faibles. Cette fois-ci "Ennya" avait fonctionnée et l'aprés-midi même, des pluies importantes se sont abattues sur la région, au point que tous les villageois avaient passés la nuit à Sidhi âdhrahmane Gadda car, ils ne pouvaient plus traverser "Thassifth" pour rentrer chez eux. "Lahmali tchant thidh énnidhéne".

 

Avec les pluies, les cendres de l'incendie d'Azro furent lessivées, l 'herbe repoussait petit à petit et la joie avait refait son apparition. Mais cela, ne suffisait pas car il fallait preserver le restant des grains de blé pour les resemencer et la joie dont il était question, n'était que pour les bêtes qui raffolaient des jeunes pousses d'herbe grasse. Pour les hommes, eux, hormis "Thifaf et Wahrir " il fallait encore attendre quelques mois pour, enfin, manger "Aghrome Dhezith" . Mais....Voilà qu'un miracle se produisit grâce au "caroubier au miel" "Thakharrouvth én tammént"!

 

Un jour de ces jours de disette, un vieux "Amghar" était parti à Thizi Ntaka glaner du bois morts. Fatigué, il squatta un coin pour une petite sièste. Alors qu'emmitouflé dans son burnous, il a reçu la visite d'une abeille égarée qui s'infiltra par mégarde dans ses habilles. Il sursauta au départ avant de se reprendre pour examiner la situation. C'était ainsi qu'il entendit le bourdonnement de la malheureuse dans les plis intérieurs de son burnous. Il refoula sa peur d'une piqûre en s'armant d'un peu de courage. Délicatement, il ôta son burnous pour la libérer; saine et sauve.

Mais voilà que l'abeille au lieu de s'envoler prendre sa liberté, elle revint vers le vieillard et se posa sur son épaule. Celui-ci placide, ne bougea pas et se contenta de la surveiller du coin de l'oeil.

L'abeille s'est mise alors à parler en usant des ces termes:" Je veux te récompenser pour m'avoir sauvée la vie, que désires-tu?". "Thouqsaw stanafaw, thanafaw stouqsaw, inid kan imi édragh?"

Le vieillard ,aussi philosophe qu'elle!: "En quoi peux-tu m'aider quand mon village mange "oumlil" avec la famine, "Thadarth éthzarri oumlil s éllaz"!?.

L'abeille: "Aies confiance en Dieu et approches toi de cette colline pour te montrer quelque chose?".

Le vieux s'est mis, alors, sans grande conviction, à gravir une petite colline d'où il voyait tout "Azro N gaga".

L'abeille, toujours sur son épaule lui dit: "Vois-tu cet îlot de verdure sur le flanc d'Azro au milieu de toutes ces caracasses d'arbre calcinés?".

-"Ah, Oui!" avait répondu le vieux, tout étonné, en voyant des arbres, côte à côte, formant une tache verte au mileu de l'immense chaos laissé par l'incendie ravageur.

Et l'abeille de poursuivre: "l'ânaya g'Azro a préservé dans cet îlot des arbres qui resemenceront les terres: "Un pin, "Thaydha" pour qu'il se refasse son burnous vert. Un "Azimba" pour le chacal. Un aubépine "Thouvrasth" pour le lièvre. Un myrte "Chilmoume" pour les femmes. Un olivier "Thazémmourth" pour les hommes, un caroubier "Thakhérovth" pour les .........

Le vieux, toujours, aussi philosophe l' interrompa: " Avant que les graines de ces arbres prospérent pour donner une nouvelle forêt, j'aurai aiguisé ma faux quatre vingt dix neuf fois et mon âne, de rotation en rotation, aura brisé le pied de mon aire de battage sept fois". "Werâdh addekar thezgui, adhiligh ésmésdhagh alouwach 99 thikkal, aghyouliw yarza ajegou gannar sévâ thikkal ésthouziya" .

Allusion aux nombreuses récoltes de blé qui seront déja faites avant que les semences de ces arbres ne donnent une nouvelle forêt nourricière.

L'abeille, négligeant l'impolitesse du vieillard qui lui a coupé la parole, termina en ces termes avant de reprendre son envole: "Nous n'aimons pas l'odeur des cendres, nous partons et laissons un carobier plein de miel pour les pauvres".

Et le vieillard s'écria en sursautant: quoi? quoi? quoi? du miel, du miel...!" "Thammént, Thammént...! Amek ...Amek....Anidha... Achimi.... Dhachou...oughaled... oughaled...! ".

Fou de joie, il remonta les pans de son burnous. Le voilà parti en direction d'Azro n Gaga en courant mieux qu'un jeune homme. On dirai qu'il n'avait pas dans le ventre que "Thifaf et Wahrir"!

Il rentra dans l'îlot de verdure comme un sanglier dans une clôture. "Am Yiléf Guezzarv".

Face au caroubier magestieux qui se dressait devant lui, Il s'exclama:" Chay Léllah iâssasséne!".

Il était gigantesque avec plusieurs mètres de hauteurs. Il tata son énorme tronc plusieurs fois séculaire et dont les rides dépassaient l'âge. Il prit un bout de bois et lui donna des coups pour s'assurer de l'endroit où se trouvait le miel. A sa grande surprise, l'écho renvoyé , lui a fait comprendre qu'il était entièrement plein! Il s'exclama " Ar Thahrém ayetchor ! Ayétténtén am achvayli!".

-Mais de quoi? Peut être que de l'eau! Se demanda-t-il craignant une déception.

 

Ne voyant pas par où s'assurer de la présence de miel dans ce caroubier géant, les abeilles l'ayant déja quitté, il décida de vérifier le contenu en passant par dessus. Il ôta son burnous et l'escalada agilement tel un singe. A peine en haut du tronc, il croisa un trou laissé vide par une ancienne branche disparue. Il s'empressa d'y introduire son bras quitte à se faire mordre par un serpent ou Voulkayéz.

Notre vieux a vu, alors, ses efforts plus que récompensés. Il sentit de son bras la viscosité du miel qu'il ramena aussitôt à sa bouche. Il en avala par poignées entières jusqu'à satiété. "Almi igueztél".

Une fois en bas de l'arbre, il courut au village. La joie d'annoncer la bonne nouvelle lui a fait oublier son burnous. Il arriva à thajmaâth à moitié nu. "Dhaârvouz".

Avant qu'il reprenne haleine pour dire ce qu'il l'avait vu et avait mangé, tout le village était déja là pour entendre les raisons de son état vestimentaire! "Dhachou Igoughéne Amghar étwaghith?". Les villageois, habitués aux mauvaises nouvelles, s'attendaient à se noyer encore une fois dans leurs larmes. "Adhéchféne ég métawéne".

A l'annonce de la bonne nouvelle, les visages chagrinés par tant de malheurs s'éluminérent de joie. Rapidement, dans une file indienne, le village entama son déménagement à Azro Ngaga. Tous les ustensiles du village étaient de sortie: Aylouthéne, iyédidhéne, Igdhouréne, iqédouhéne, Thirvouyine, Thivouqaline, Thikhavyine, thichévriyine, thimthardhine, thifeqlouchine, thidhwathine, thiqasoùnine,...

A l'arrivée dans l'îlot de verdure habritant le fameux "caroubier au miel", son découvreur, notre "Amghar aârvouz", y pénétra le premier comme un ange sage montrant la porte du Paradis. Ce qui avait changé de la première fois! "am yiléf !"

Un petit trou persé dans le tronc, à deux pieds du sol , agrémenté d'un bout de roseau "Thaghanimt", faisait draîner ,mieleusement, un filet d'or intarissable.

 Les villageois; hommes, femmes et enfants s'étaient remplis les panses "Almi izétléne". Enfin la fin de la faim pour ces pauvres malheureux.

Ensuite, avec beaucoup de joie, ils remplirent tous les ustensiles en leur possession. Et, comme une source inépuisable, il en restait du miel du caroubier -dit-on- de quoi tenir sept hivers. "Sévâ Tégrassine".

Il entamérent leur retour au village en remerciant Dieu qui leur a érigé une montagne protectrice d'un tel trésor.

Sur le chemin, notre "Amghar" fut porté par les enfants qui chantaient "Amghar Vouthzizwith id yétchouréne thachévrith, Amghar Vouthzizwith id yétchouréne thachévrith”.

 

Voilà l'histoire racontée en essayant autant que possible de vous la garder fidéle. Et n'oubliez pas de tapper des mains et des pieds quand vous chantez la chanson des enfants.lol

 

Aprés sa fin, j'ai demandé à mon narrateur; "La famine, sûrement. Et le caroubier a-t-il existé?!".

Surprenant, il m'a répondu; "Toujours, mon fils, je n'ai pas de jambes pour te conduire devant lui, mais j'ai des bras pour soulever ma canne et te le montrer d'ici. Tu vois le ravin qui descend de Azro Amokrane. Le bas de ce ravin se nomme "érkoune Oubouhou". De ce coin, tu tires à droite sur une centaine de mètres. Il est là "le caroubier au miel". Tu ne peux pas le distinguer d'ici car il est noyé dans la verdure. Recemment, des promeneurs m'ont dit qu'il est toujours vivant et parfois il reçoit même "Thizizwa".

Tu le trouveras facilement en passant par thigarth. En suite, tu entameras la montée vers Azro Amoukrane à droite de "érkoune Oubouhou". Tu le trouveras "assis" là où je l'avais laissé lors de ma dernière visite,il y a déja une quarantaine d'années".

 

Ehh, voilà une excuse pour sécher l'école!

Quelques jours aprés, je me suis rendu à Azro N Gaga avec un camarade de classe , enfin un camarade d'Azro car lui aussi avait séché l'école! "Chwite Gaghrome" et un oignon allaient nous éviter de manger "Oumlil".

Aprés Thiâchache, nous sommes tombés dans les plaines de thigerth pour ainsi dire. Puis, la montée vers "érkoune Oubouhou" "le coin à Bouhou". Son nom est tiré de la famille "Ibouhouthéne" qui le posséde Le ruissellement des eaux depuis des siécles, voire des millénaires, avaient creusé une entaille au milieu d' Azro Amokrane. Les bouleversements géologiques y étaient aussi pour beaucoup. Ladite entaille entame sa descente de Ich Gazro amoukrane pour venir mourir à son pied en formant un profond ravin. On y voit alors "une poche de Kangourou" que les anciens appellent "érkéne Oubouhou" Ce coin est le repaire des sangliers qui viennent roupiller la journée, aprés les promenades nocturnes, à l'ombre de "Azézou et Amadhagh" qui atteignent ici trois mètres de hauteur. Grâce à une végétation dense et aux sabots de ces "boeufs sauvages" "Thifenza Guilfane", des étonnantes galeries ont fait leur apparition et on ne les explore qu'en rampant avec des chiens d'abord pour éloigner leurs "locataires". Sinon, croiser un sanglier dans ce gruyère est (paraît -il) dangereux!

De toute façon ce qui nous interssait était un caroubier. Alors, nous avons suivi les indications pour ne pas nous perdre. Nous nous sommes déportés sur le côté droit de "érkoune Oubouhou". La pente était verticale et la montée était rude. Mais la nature du sol était salutaire pour des "alpinistes" mal chaussés comme nous. La terre était tendre à cette époque de l'année. Le fait qu'elle soit couverte de mousses et d'épines de pin "Thalawth" nous permettait d ' y planter les pointes de nos pieds pour ne pas glisser. Nous escladions en nous aidant des petits pins "Thivolgdhine". Nous évitions ainsi les grands pins, avec leurs écorces "Thinwats", qui nous faisaient mal aux doigts.

La nature était sauvage dans ce coin, car peu de gens s y aventuraient. A part les chemins persés par les sangliers, il n y avait point de passages.

C'était ainsi, que petit à petit nous gravissions Azro N Gaga jusqu'à ce que .....Ouh la!!!!!

Croyez moi que nous avons trouvé celui pour lequel nous sommes venus. A vrai dire, c'était lui même qui nous a trouvés car la montée dans cette végétation nous a, tellement, occupée qu'il nous a surpris en nous barrant la route tel un colosse nous interdisant de rentrer dans sa propriétée. "Yaânayaghd".

En effet, son tronc nous a surpris alors que nous étions déja sous ses branches tentaculaires sans nous en rendre compte.

La surprise était de taille d'autant plus qu'il ne s'était pas présenté comme un arbre tout court. Son apparence a hérissé les cheveux des enfants que nous étions. Il y avait là, un tronc épais porté par des grosses racines apparentes le faisant s'assoir au sol "au sens propre du mot". Au milieu de son tronc une porte! Une petite porte de ruche à la taille d'un visage humain faite d'une pierre plate avec une entaille à la taille d'une abeille à son pied. Du coup, il paraissait comme l'une de ces petites maisons sorties droit d'un conte de fée. La végétation qui le cernait de son vert foncé et de ses ombres accentuait davantage cette impression. Nous nous sommes vus dans un rêve à s'attendre qu'un écureuil ou un lapin des fables nous reçoive.

De toute façon, à la manière dont le caroubier s'était dressé devant nous, nous avions eu carrément le sentiment d'être reçu comme des convives.

Nous étions trés contents. Nous qui étions élevés avec les contes de "Zikénni". Nous avions là un personnage du conte entendu. Ce qui nous a inspiré plus que la magie; un peu de peur!

Je me rappelle avoir dit à mon ami que j'avais envie de le saluer et il m'a répondu qu'il avait eu le même sentiment. Alors nous l'avions salué puis nous nous sommes allongés sous ses branches comme pour profiter de la chaleur de son accueil. Une fois reposés, nous avons commencé à l'examiner comme si nous voulions faire connaissance. Que dire de ce caroubier?

La ruche était vide mais nous n'étions aucunement déçus de ne pas avoir trouvé des abeilles. Il était là et c'était tout ce qui comptait et en plus avec une ruche, une vraie, même vide, comme bonus. Que demande le peuple?!

Il inspirait le respect rien qu'avec sa "nationalité" d'Azro car, il était le seul perché au coeur de la forêt d'Azro ( que je connaisse). Un caroubier montagnard, si loin de tout. Un vrai sauvage. Un authentique gardien de la forêt. Une fable. Une histoire. Un vestige séculaire vivant. Une âme immortelle. Il avait du vécu et il le disait aux regards qui se posaient sur ses rides. On y voyait un visage d'un grand-père. Un miroir du passé. Il y avait là tout; zikénni, amézrouy, thamourth, akal, adhrar, thala, amane, thadarth, imawlane,....

Il paraissait nous toiser tendrement l'air de dire" ils sont là les enfants de tel et de tel" ,car il devait se rappeller de nos aieux pour les avoir connu et avoir vu leurs visages.

 

Et le miel?

En fait, le conte n'a pas dit que son visiteur en mangera forcément! lol

 

Le fait de le trouver, lui, le Caroubier "en personne" était déja du miel. Cette trouvaille nous l'avions dégustée "am tamént" et son souvenir nous a marqué. Et la ruche qui en faisait une maison d'un conte de fée l'a, magistralement, fait entrer dans le conte de Dada Hmacha.

Cependant, cette ruche avait -elle nourri les bouches affamées de nos ancêtres comme dans le conte?! ....Dans tous les cas, au vu de la belle ruche que nous avons trouvée, sûrement, des abeilles ont bourdonné dans notre caroubier et ont offert un miel de couleur d'or et même "Aghrom étzizwa" à un sacré veinard.

 

-"Je l'ai trouvé!", m'être exprimé, tout content, lorsque j'ai revu Dada Hmacha.

- "Et le miel, t'en as gouté?" avait-il-répondu et de finir "crois- moi mon fils que j'ai mangé de son miel". "Améne ammi ar tchigh thamméntis".

 

Voilà, c'est avec du miel que je clôture avec vous l'histoire du "caroubier au miel".

 

Mais avant de vous quitter, quelques passages dans le conte méritent des petites analyses.

Au départ, ce conte parait être un petit trésor culturel comme tous ceux qui m'ont été racontés par ma grand-mère, ma mère.... mais culturel soit-il, il n'est pas dépourvu de grandes significations et d'apports historiques.

On y trouve d'abord, la famine et les malheurs qu'elle charrit. Le spectre de "éllaz" hantait gravement nos ancêtres. Même dotés d'un bon savoir agraire. ils ne pouvaient rien faire contre les catastrophes naturelles telles les sécheresse prolongées, les incendies, les invasions de sauterelles,...où humaines telles les guerres, les vols.....etc. Ils cultivaient une peur viscérale de la faim.

C' était ainsi que takorabt avait connu des périodes de disettes parfois se terminant par des famines terribles. La mémoire collective de nos parents en garde des mauvais souvenirs même si elle ne les fixe pas tous dans leurs temps. La dernière des famines était celle causée lors de la guerre d'indépendance par l'Opération Jumelles. A vrai dire, durant toute la guerre "Takorabt" devait se serrer la ceinture mais l'opération en question l'avait vraiment affamée. En 1958, la guerre battait son plein au village. Des parachutistes ont été largués à Thizi Ntaka et Azro N gaga ... et pour isoler les maquisards des villageois, l'armée coloniale a fait déménager Takorabt. Scindée en deux, une partie était installée à Guindouz et une autre à Ighil-ali dans des camps de concentration qui n'avaient rien de refuges. La peine de mort était pour celui qui se rendait au village. Coupés de leurs terres, leurs oliviers,...nos parents avaient souffert le martyre. La famine avait emporté beaucoup d'enfants et d'adultes enterrés loin de leur village natal. J'ai filmé la mère de Boukhalfa, croisée à Eldjamaâ, en train de chanter dans un asséfrou malheureux ces temps difficiles de "érrifouge" de l'appellation de nos grand-mères. Les mots qui revenaient c'étaient "éllaz dh échar".

 

L'une des famines traitées par les historiens était celle de 1868. Elle était née d'une combinaison de la sécheresse et de la double invasion de sauterelles. Déja, le soleil avait tout "cramé" que le ciel s'était couvert d'une nuée de sauterelles. Le "nuage" formé trainait parfois sur plus de cinquante kilométres dans le ciel. Il se posait sur des oliviers verdoyants quelques minutes puis s'envolait pour laisser des arbres nus. Quelques mois aprés, ces sauterelles volantes avaient laissé place à leurs descendances. En effet, avant de disparaître, les sauterelles femelles avaient pendu des millions d'oeufs. A l'éclosion, des sauterelles rampantes ont "achevé" les survivants de la famine. "Ajradh Ahraradh", mon père n'en a jamais vu, mais la mémoire collective, terrifiée de ses dégats, l'avait fait transmettre de génération en génération.

Les sauterelles volantes ne mangeaient que les feuilles des oliviers qui repoussaient par la suite. Les sauterelles rampantes, elles, se régalaient de tout même des écorces. C'était ainsi qu'elles transformaient l'olivier en un squelette blanc, mort. Imaginez vous "Issoumer" avec des squelettes blancs à la place des oliviers verdoyants?!. C'est terrifiant.

Selon les historiens, les Ath- âbbas, par leur organisation, avaient quelque peu échappé à l' effet désastreux de la famine de 1868 et avaient même sauvé des centaines d'enfants des régions voisines d'une mort certaine. Les détails sont sur "Gallica".

Voilà donc que le beau conte que nous avons vu porte en son âme la famine et la mort.

Mais ne soyons pas dupes!!! La famine nous devons la connaître pour mieux la prévoir.

Elle était, paradoxalement, un moteur civilisationnel. Elle crée le besoin et de ce fait elle stimule l'ingéniosité de l'homme. La Révolution Française qui avait influencé tant de sociétés était, d'abord, née de la famine. Elle a jeté dans les rues le peuple de Paris qui a d'abord crié "On a faim".

C'est ce qui arrivera au peuple algérien. Incapable de réfléchir en temps normal, il réfléchira de force le temps où le ventre criera famine.

C'est elle qui dessinera l'Algérie de demain que l'on veuille ou pas. Le jour où le pays n' aura pas une goutte de pétrole à vendre pour s'acheter à manger, à cet instant le cerveau algérien commencera à fonctionner, enfin!!!!! Et "Thimchéréte" ne servira à rien car, il n'aura pas de blé à resemencer. Alors pensons, réfléchissons, organisons et..... glanons quelques grains de blé pour l'avenir de nos enfants. "Madame mazal élhal". Nos ancêtres eux, étaient prévoyants plus que nous. Ils nous le disent clairement dans ce conte.

 Pour rappel, la famine de 1868 avait tué environ un million de personnes sur une population algérienne estimée à 2.5 millions âmes à l'époque. Le chiffre est terrible amplifié par l'épidémie du choléra provoquée par les corps en décomposition non-enterrés. Soit presque la moitié du peuple algérien de l'époque. Ce que je vous dit ici est terrifiant mais necéssaire pour comprendre l'histoire.

La kabylie, donc nos ancêtres " ath âbass étaient cités aux premières loges", avait un peu échappé à ce fléau et avait largement limité "la casse" par rapport aux territoires arabes. Les historiens étaient formels, c'était grâce "....à son organisation, une meilleur gestion de ses ressources, la politique d'épargne "Thoufarth", la solidarité citoyennes, ....dans ces mini-républiques que sont les villages kabyles."

Où sommes nous donc par rapport à nos ancêtres qui avaient tant de qualités?!!!

Navré de vous avoir heurté par ces mauvaises choses mais comprenez ma nervosité. Je suis comme vous, je porte une cicatrice permanente dans le coeur provoquée par tous les malheurs que vivent les nôtres.

 

Allons y pour un autre sujet passionnant évoqué dans ce conte qui est enveloppé de mystères et recéle en son sein des morceaux entiers de la croyance berbère et de sa mythologie.

Nous ne sommes pas nés dans les religions monothéistes mais bien avant. Nos ancêtres ont vécu des millénaires entiers avec une vraie vie religieuse et spirituelle.

Il y a en nous des questions que nous nous posons plus que d' autres. Alors, moi qui aime "Zikénni", l'une des interrogations qui me tarodait était "En quoi croyaient nos ancêtres les berbères?" , "Quelle était leur religion s'ils en avaient une?", "Comment interprêtaient-ils la naissance, la mort, l'au delà?". Bref, j'ai voulu connaître leur monde spirituel d'avant les religions monothéistes successives qu'ils avaient épousées. Ils sont parmi les plus anciens peuples du monde.

Le christianisme n'a que vingt siécles et l'islam encore moins, En quoi croyaient-ils, durant tous les millénaires d'avant?!

Jusqu'à une époque récente le monde scientifique ne connaissait rien ou presque de la mythologie ancienne berbère. Cependant, l'intérêt manifesté par de nombreux chercheurs depuis quelques années commence à donner des résultats qualifiés de "bouleversants". A en croire leurs conclusions, la mythologie berbère ne doit pas prendre une simple place dans l'histoire mais doit être appréciée comme une génératrice de cultes et de croyances. Les études concluent qu'elle avait influencé les croyances égyptiennes, cartaginoises, grecques et romaines. C'était à tort qu'elle a été vidée de ses divinités et de ses cultes pour leur attribuer d'autres appartenances.

 

Pour découvrir la vie spirituelle de nos ancêtres, les chercheurs se sont appuyés sur les écrits de l'antiquité, les révélations archéologiques, l'art rupestre saharien, l'éthnologie, l'éthnographie.... et surtout la tradition orale et les pratiques berbères de nos jours. Chaque village renferme dans ses murs un conte, une histoire, une pratique...qui font vivre des croyances spirituelles déja existantes avant même la période antique.

 

C'est comme ça que j'ai découvert que ce conte fait partie de ces sources pérennisantes de la pratique spirituelle de nos ancêtres. Le plus souvent, sans que nos parents le sachent, ils nous transmettent des faits, gestes, idées, images de ce qu'il était le monde mythologique de nos aieux.

 

Brièvement, donc, pour ne pas vous lasser.

Notre village, takorabt, fait partie de ces petites citadelles culturelles où la mémoire de nos parents a gardé des récits, des contes et pratiques qui nous sont venus du fin fond de notre histoire millénaire. Il suffit juste de les glaner et de les comparer aux révélations des récentes études.

 

Dans ce conte de Dada Hmacha, on trouve le caroubier. Qu'inspire le caroubier à une personne de takorabt? Pour "le peureux" c'est clair, la peur. La peur de passer à côté ou sous Thakhérouvth la nuit et on est nombreux à partager ce sentiment! Il se dit: "Maâmoréth". On a tous entendu dire, dans ce caroubier vit un fantôme et dans celui là , l'oiseau de la mort a été vu " Agdhi nét nafa ou thafroukhth él mouth".

Moi j'ai déja vu des gens, surtout des vieilles, saluer un caroubier. Quand elles passaient à côté, elles disaient "émsélkhir a yiâssasséne". Et quand je leur demandais les raisons de celà elles me répondaient , avec une grande conviction: " Tu ne sais pas mon fils que le caroubier à ses gardiens?" , "Thakhérrouvth zedhghénst iâssasséne".

Les récentes études mythologiques expliquent ce fait par une croyance qui dit: "Iâssasséne chez les berbères sont les délégués du Maitre du Monde, Aguellid Amokrane, chargés par Dieu de veiller sur les actes des hommes".

Une grand-mère m'a dit un jour qu'un homme a voulu couper un caroubier pour libérer de la place. Il avait jugé les vieilles qui s' y sont opposées comme des supérstitieuses. Au premier coup de hache le caroubier s'est mis à saigner du sang, du vrai sang humain. L'homme était devenu fou et muet déambulant dans le village jusqu'à ce que la cicatrice causée par "thagalzimtis" soit refermée.

Le caroubier est donc un arbre magique volant même la vedette à "thazemmourth" par son apparence imposante et viellissante. Et quand il trône au milieu d'un cimetière, il inspire plus que le respect.

En face de thajmaâth de takorabt, "thakhérouvth én laâlima" appelle à la prière de él âssar lorsque l'ombre de "Ighil wénrés" se met à sa hauteur.

Le caroubier de "thizi én taka ounasser", avait sauvé, dit-on, les maquisards d'une mort certaine lors des ratissages de l'armée coloniale. Il se disait que "Iâssasséne" les avaient protégés en aveuglant leurs poursuivants au passage devant le fameux caroubier!. Les maquisards en ont fait un bon repaire permanent.

Et notre caroubier au miel avait sauvé le village de la famine!

Ce revêtement mystérieux dont se dote thakhérovth nous vient des anciennes croyances berbères qui ont survécu entre les murs du village.

Aussi, à takorabt, chaque caroubier à sa "thalafsa", le dragon féminin , sorte d'hydre à sept têtes, qui le hante nous interdisant ainsi, pour les enfants que nous étions, de nous y rendre.

 

Les "Iâssasséne", Les Invisibles, ne se voient pas mais leurs âmes sont partout. Pour nos ancêtres l'origine de la vie sont les entrailles de la terre. Ils croyaient déja à une vie aprés la mort. Le défunt ne meurt pas mais il va dans une autre vie se trouvant sous terre. Ne dit-on pas au village "Thamourth nath lakharth"?. Un pays entier!

Au village, il se dit que l'âme du défunt plane sur sa dépouille et nous observe d'en haut. Elle ne la regagne que trois jours aprés l'avoir quittée. D'où l'obligation de l'enterrer au plus tard le troisième jour suivant sa mort pour que son âme puisse regagner le monde souterrain d'où elle est originaire.

Le quarantième jour, célébré, elle quitte la dépouille pour sortir de la terre et renaître en "Aâssasse" invisible. Bienfaiteurs, on les trouve dit-on dans la maison, l'huilerie, la mosquée , le cimetière, le caroubier, l'olivier; le figuier, la fontaine.......Qui connait pas " Aâssasse én thala" , "Aâssasse g akhame", "Iâssassséne n sidhi âdhrahmane" ou l'expression "éswanouz ayiâssasséne". Qui n'a pas dit "essalam ouâlikoum aya thlakharth" au passage devant un cimetière.

Dans notre huilerie, j'ai toujours entendu "Aâssasse Goukhame nézith", le gardien de la maison à l'huile". Les parents disaient l'avoir vu!

Les kabyles personnifiaient tout les êtres vivants et aussi la terre Et surtout, elle, à l'origine de tout ce qu'elle porte. Enfants, nos mère à takorabt nous criaient dessus énergiquement , quand on frappait la terre:" Oukath ara élqaâ ahhhhhh",

L’expression: segg wasmi tella yemma-s n ddunit : « depuis qu’existait la Première Mère du Monde » qui ne l'avait pas entendu de la bouche de son père? fait référence à un passé très lointain, aux temps les plus reculés.

Voilà que les murs du village de takorabt résonnent de ce que pensaient nos aieux il y a plusieurs millénaires!

Même chargé de convictions scientifiques, on se plie tous à cette croyance ancéstrale survivante de "Iâssasséne". De nos jours, elle revêt un caractère religieux islamique mais elle n'a rien à voir avec l'arrivée de l'islam. Iâssasséne sont la puissance tutélaire de nos ancétres bien avant.

 Remplacés par fois par "élmalayék" grâce à (la jonction spirituelle) avec l'islam qui s'est faite plus tard. Comme "la main de fatma" qui était ni plus ni moins une tradition paîenne. Elle était en relation avec la déesse berbère de la fécondité "Tanit", reprise avec beaucoup de ferveur par les phéniciens. Elle était représentée comme une main protectrice et vaillante. Malgré l'islamisation, elle a survécu sous couvert de la main de fatma.

 Elle est purement nord-africaine, d'ailleurs elle n'a pas trop persé au Moyen Orient d'où l'islam est originaire. Les musulmans de l'Afrique du Nord perpétuent inconsciemment à travers son port une spiritualité ancestrale de leurs origines berbères. Même les intégristes!!!!!

 

D'aprés les études récentes, "Thiméchréte" en fait partie de ces ponts religieux ancestraux qui ont survécus. Loin d'être introduite par les arabes, elle se pratiquait à grande échelle dans tout le monde berbère.

Asfel était et continue d'être le nom donné au sacrifice. La bête noble qui s y prêtait était le boeuf. Notre conte dit que le premier "Asfel" n'a pas ramené l'eau en absence d'un boeuf.

Il avait une place à part dans la mythologie berbère depuis les temps anciens. Voici comment:

Le genèse berbère dit que les humains et les bovinés présentent des ressemblances; leur origine est souterraine.

Ces bovinés composés d'un buffle originel (izerzer); génisse ( tawmmat) et taureau (azgar) sont à l'origine de tous les animaux sauf le lion qui a une origine humaine.

La même genèse associe l'eau au boeuf et le feu au bélier.

Dans la mythologie berbère l'eau ruisselle de l'oeil du boeuf. Les touregs donnent le nom de

"thit g amane" à la source, "l'oeil de l'eau". Chez nous on l'appelle "el îne sar" , l'islamisation avait traduit "Thit" en "él îne" mais avait gardé "sar" qui serait l'un des innombrables noms du dieu de la pluie et de l'eau des berbères "Anzar". Les variantes de "Anzar" sont :Asar, Asari, Aser, Ausar, Ausir, Wesir, Ousir, Ousire ou Ausare. Les pharaons égyptiens nous l'ont pris pour en faire le dieu "Osiris".

Nos ancêtres devaient appellé la source d'eau "Thit g énsar" ou "thit g énzar".

D'autres études disent que la fontaine "thala" portait directement le nom du dieu "Anzar" ou "ansar" que les arabes ont arabisé comme leurs habitudes "el însar".

De tout celà notre "anzar" est un boeuf ou un taureau.

Le thème du taureau porteur de l’Univers est encore associé aux tremblements de terre, (ddunit éthvéd ghef yichew n wezger: le monde [repose] sur la corne du boeuf). Le tremblement de terre se produit, selon la mythologie, du déplacement de la terre de l'une des cornes vers l'autre. Le boeuf le fait ainsi pour soulager la corne porteuse.

A takorabt, la naissance d'un enfant était fêtée par l'achat d'une tête de boeuf de même pour son premier déplacement au marché. Jusqu'à récemment on accrochait volontiers le squelette d'une tête de boeuf sur un arbre fruitier. On m'a envoyé du village trouver une tête de boeuf pour l'accrocher sur notre abricotier "thamechmachthe" dont les fruits tombaient prématurément.

Dans toute la Kabylie il était interdit de sortir le feu de la maison qu'aprés les quarante jours; de la naissance d'un enfant, d'un mariage, du début des labours et de la naissance d'un veau. Le veau étant sacré et le déplacement du feu faisait fuir les "Iâssasséne" protecteurs.

Le polythèisme amazigh traditionnel comportait une variété de dieux représentés par des boeufs:

AGURZIL: dieu de la guerre; représenté par une tête de boeuf chez les nomades du Luwata, repris par Dihya lors de ses batailles contre les envahisseurs arabes.

NETH: Herodote signale un culte rendu en Egypte à la déesse Néth sous la forme d'une vache couchée la tête dorée et portant un disque d'or entre ses cornes. Il attribue l'origine de ce culte aux berbères.

C'était Neth qui a donné plus tard la déesse Athéna, la fille de Zeus.

De cette étude "azgar" chez les berbères incarne la force et l'eau.

C'est pour celà que nos ancêtres à takorabt et ailleurs faisaient appelle à son sacrifice pour faire partir les malheurs et ramener la pluie.

Le malheur leur vient du monde souterrain des morts mécontents du comportement des vivants. Le sacrifice du boeuf libére sa force qui une fois dans ce monde souterrain s'imposera pour faire taire le malheur.

L'âme du boeuf étant aussi perçu comme une offrande aux morts à qui nos ancêtres demandérent pardon. Chez les berbères le monde des morts et des vivants était en permanente connexion.

D'autre croyances attribuent le malheur à l'ogresse "staryél" que la force du boeuf sacrifié évince du village , le même rôle était donné au sacrifice du Bélier.

Pour la sécheresse, seul le boeuf sacrifié fera coulé de ses yeux les larmes qui "re"féconderont la terre.

C'était comme ça que nos parents, jusqu'à une époque récente, envoyaient les enfants dans les rues du village, glaner des provisions pour "thiméchréte" en faisant du porte à porte. Le personnage principale, habillé d'une peau de boeuf et porteur d'un tambour, ouvrait la marche, suivi d'un cortège d'enfants porteurs de masques et de cornes de boeufs. ("Anzar Anzar" Arrébi suits arrazar) était la citation scandée par les enfants. Les habitants devaient faire don de tout ce qui pouvait servir pour le repas de "thiméchréte". Ce rite se nomme "Thanzarth" du dieu de la pluie et de l'eau ANZAR.

La dernière "Thanzarth" (que je connaisse) organisée au village était l'oeuvre de Djamel Iouéchikhéne lors des ardeurs de l'été de 1995. Moussa Iouéchikhéne, à l'époque encore enfant, était le chef d'orchestre d'une bande de gavroches sympathiques qui ont fait résonner "ANZAR" au village. Lala Louiza, la mère de djamél, avait organisé avec les provisions récoltées un repas pour les nécessiteux du village.

Un fait étonnant s'est produit, non seulement la pluie était tombée mais les nuages étaient remontés de l'Est. Une chose rarement observée!! Autrement dit la pluie a déboullé de Azro N Gaga!

 

Voila donc, les profondeurs de "thiméchrét" dans la mythologie berbère. Elle s'est enracinée dans la société du fait que les religions embrassées par la suite n'avaient pas éliminé les difficultés du quotidien. Thiméchrit devait refaire surface en permanence pour faire face aux imprévus et soulager tout au moins les coeurs.

 

Nous nous quittons avec une note féminine qui ne manque pas de grâce. Le conte de notre "caroubier au miel" avait rapporté qu'Azro n gaga" avait protégé, dans l'îlot de verdure, entre autre, un arbre; le myrte "chilmoume" pour le bonheur des femmes. Nous avons tous entendu à takorabt l'expression "Yéga Chilmoume" qui fait son apparition dans le vocabulaire au printemps.

Elle nous vient aussi du passé car, "chilmoume" est une plante odorante avec laquelle les femmes se parfumaient. Sa floraison est au printemps et sa fleur d'une odeur trés agréable. Les femmes les récupérent avec leurs feuilles et en font une agréable liqueur. Trés riche en soude, elles font avec son "jus" du savon.

A takorabt, les femmes brûlaient les branches de chilmoume et récupéraient les braises qu'elles se pressaient d'éteindre. Concassées , elles les lavaient avec de l'eau chaude. Par "thaqéttarth", un simple procédé de distillation qui consistait à filtrer l'eau au moyen d'un bout de tissu. Elles mélangeaient le liquide obtenu avec Oumlil pour confectionner des galettes de savon. Oumlil étant le support et la soude de chilmoume la lessive. Voila c'est quoi yéga chilmoume.

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